Accueillir un enfant à besoins particuliers dans milieu familial normal c’est possible? Oui et c’est merveilleux!

D’entrée de jeu, j’ai beaucoup hésité à attribuer ce titre à mon article. J’ai longtemps cherché les bons mots pour désigner un «enfant à besoins particuliers». Je n’ai toujours pas pu trouver les mots exacts, mais j’y travaille. Pourquoi?

Premièrement, je déteste utiliser l’expression «enfant différent», elle transforme mes oreilles en choux-fleurs.

Par exemple, un enfant autiste, ou encore un enfant atteint d’une maladie, ne sont pas des enfants différents pour moi. En quoi seraient-ils différents? À ce que je sache, un enfant est un enfant, peu importe sa condition. Pourquoi l’expression «enfant à besoins particuliers» me frise-t-elle également les oreilles? Et bien, parce que même si l’enfant a des besoins supplémentaires liés à sa condition ou à sa maladie, à la base, ses besoins sont les mêmes que ceux des autres enfants.

Un enfant est un enfant, peu importe sa maladie ou son état, il n’est pas différent.

Ses besoins ne sont pas particuliers dans le sens de différents, car comme tous les enfants, il a besoin qu’on prenne soin de lui, qu’on le nourrisse, qu’on assure sa sécurité et surtout qu’on lui donne de l’amour. Ça, c’est invariable. Enfin bref, dans le cadre de ce texte, je vais utiliser l’expression «enfant à besoins particuliers», mais sachez que je n’aime pas avoir à le faire et que je suis persuadée qu’on peut trouver mieux pour désigner ces petits trésors-là.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’eux.

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J’ai eu un service de garde en milieu familial subventionné pendant plusieurs années dans lequel j’ai accueilli deux enfants à besoins particuliers.

Max (nom fictif) était un grand prématuré né après 26 semaines de grossesse, et l’autre, Tom (nom fictif) était atteint d’une maladie neurodégénérative.

D’abord, j’ai rencontré les parents de Max qui m’ont parlé de son parcours, son début de vie difficile, ses hospitalisations, ses problèmes de santé liés à sa grande prématurité. Honnêtement, au début, je trouvais que ça avait l’air gros et exigeant de m’occuper d’un enfant avec un tel parcours. J’ai un peu douté de mes compétences pour en prendre soin, mais sa maman m’a vite rassurée. Elle m’a dit ce qu’elle attendait de moi, qu’elle travaillerait avec moi comme une partenaire dans la vie de Max et qu’elle aussi, elle apprenait encore à vivre avec les problèmes dont souffrait son garçon et qu’on allait devoir effectuer des petits ajustements en cours de route. Elle m’a mise en confiance. Pendant les années que Max a passées chez moi, j’ai établi une excellente communication avec ses parents et un bon lien de confiance. La confiance des parents est un cadeau inestimable. C’est magique comme ça fait du bien à une éducatrice.

Mon milieu familial me permettait une certaine flexibilité dans mon horaire et mes activités, ce qui m’a permis d’offrir à Max un milieu qui tenait compte de ses besoins spécifiques et de ses limites.

Et vous savez quoi? Finalement, j’avais bel et bien eu peur pour rien! Cet enfant-là, même s’il a demandé un peu plus de travail et d’adaptation, ce qui n’est pas négatif en passant, je l’ai tellement aimé. J’ai passé beaucoup de temps avec lui à travailler des petites choses du quotidien, à développer des méthodes propres à lui pour le recentrer. Tout ce temps que j’ai passé avec lui m’a finalement donné le sentiment d’être encore plus proche de lui, d’avoir un impact réel sur son quotidien. Je pense que j’ai pleuré la première fois que je l’ai vu réussir à faire sa tour de blocs tout seul comme un grand. Cela m’a empreint de fierté. J’ai tellement aimé le voir grandir et s’épanouir. Finalement, le jour est venu où j’ai dû le laisser partir pour la maternelle. Ah, mon cœur! Petit Max devenu grand, et surtout, prêt pour la maternelle. La dernière journée qu’il a passée au service de garde avant de quitter, je le regardais, je l’admirais. Je me remémorais tout le chemin qu’on avait parcouru ensemble, quatre belles années passées avec sa petite frimousse chez moi. Je le trouvais tellement beau, mais déjà tellement grand. J’ai trouvé cela difficile de me dire qu’on avait fini notre bout de chemin ensemble. Non, cela n’a pas toujours été facile, mais on a travaillé fort, on s’est fait confiance.

Je ne le dirai jamais assez, mais la confiance joue un énorme rôle pour l’éducatrice, les enfants et leurs parents.

Quelques années plus tard, j’ai accueilli Tom, un enfant atteint d’une maladie neurodégénérative et encore là, les mêmes craintes sont venues m’habiter.

J’avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à lui offrir tous les soins dont il avait besoin. On a discuté beaucoup, ses parents et moi. Comme pour Max, ses parents m’ont clairement fait part de leurs attentes envers moi. Cela demanderait, une fois de plus de l’adaptation et aussi, l’acquisition de nouvelles connaissances. Tom devait être nourri à l’aide d’une gastrostomie. J’ai dû apprendre à le nourrir de cette façon et aussi j’ai dû développer une nouvelle façon de communiquer avec lui, puisqu’il ne parlait pas. Il faisait quelques gestes qui me permettaient de le comprendre, parfois, mais il me fallait être attentive. Tom ne marchait pas non plus. Sa condition a eu un effet positif sur mon groupe d’enfants. J’ai vu naître des gestes concrets d’entraide, d’empathie et de compassion de la part d’autres enfants du groupe. Même s’ils n’avaient que 4 ans, leur regard sur les enfants à besoins particuliers était différent. Tom aimait qu’on lui flatte les cheveux. Au repas du midi, quand je préparais les assiettes, un de mes grands cocos venait s’étendre à côté de Tom pour lui flatter les cheveux. Après le dîner, les enfants savaient que je devais faire le gavage de Tom. De leur propre initiative, mes grands me disaient: «On va prendre des jeux calmes pendant que Tom mange». Sérieusement, mon groupe s’est transformé peu à peu. Je prenais le temps de leur expliquer ce que je devais faire avec Tom et, lorsque c’était possible, je les faisais participer. Ils sont devenus plus compréhensifs envers les besoins des autres. Puis un jour, le tour de Tom de quitter le service de garde est arrivé aussi. J’en ai pleuré, mais heureusement, on a gardé contact. Ce petit bonhomme-là, je l’ai aussi incroyablement aimé. Il m’a beaucoup appris, comme trouver le bonheur dans de petites choses. Avec lui, ce n’était pas compliqué être heureux. Son bonheur, il le trouvait dans des moments doux comme se bercer, collé sur moi l’après-midi pendant la sieste, se faire flatter les cheveux ou bien écouter «Le do de ma clarinette».

Finalement, ce que j’aimerais que vous reteniez, c’est que c’est absolument possible d’accueillir un enfant à besoins particuliers dans votre milieu familial, et surtout, qu’il ne faut pas en avoir peur.

Quand vous rencontrez les parents, demandez-leur clairement quelles sont leurs attentes envers vous. Au début, cela bouleverse un peu notre routine et on doit faire de petits ajustements. On doit intégrer les besoins spécifiques de l’enfant à notre milieu et à notre routine, et c’est normal de prendre un certain temps pour s’y habituer. Vous pouvez dire aux autres parents de votre service de garde que vous accueillez un enfant à besoins particuliers et qu’il se pourrait que votre horaire de la journée soit quelque peu chamboulé. C’est normal! La clé, c’est surtout d’assurer une excellente communication avec les parents de l’enfant à besoins particuliers. N’hésitez pas à leur demander de vous expliquer, vous montrer quoi faire pour le calmer, comment faire pour le nourrir adéquatement, pour satisfaire à tel ou tel besoin. Soyez assurés qu’ils seront heureux de voir que vous prenez le bien-être de leur enfant à cœur. Oui, parfois ça fait peur, on a l’impression qu’il y a tellement de choses à faire, qu’on n’y arrivera pas, mais une fois qu’on a intégré ces tâches à la routine, le tout paraît beaucoup moins gros et difficile.

J’ai eu deux enfants à besoins particuliers, très différents, et leur impact dans mon groupe a été plus que positif. Et ces enfants-là, imaginez ce que cela leur a fait de pouvoir se sentir normaux.

Oui, il y aura des journées plus difficiles que d’autres, comme pour tout le monde. Honnêtement, savez-vous ce qui est le plus difficile dans le fait d’accueillir des enfants à besoins particuliers? C’est quand ils ont grandi, que leur bout de chemin avec nous est terminé et qu’on les voit partir.

Mom-of-Boys