Amitié et nostalgie

L’amitié représentait tout pour moi. Pendant longtemps. J’étais la copine hyper disponible, toujours partante, pour faire la fiesta ou pour ramasser les dégâts. J’étais l’amie bourrée de défauts, mais tellement dévouée. Tu pouvais surgir chez nous de jour comme de nuit. Je t’aurais offert un drink, mes oreilles et mes bras.

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Mes copines les plus proches n’ont pas eu d’enfants.

Celles avec qui j’ai fait les 400 coups, celles qui m’ont supportée, qui ont consolé mes chagrins, celles avec qui j’ai célébré mes petits et grands bonheurs… Celles que je ne voulais perdre pour rien au monde, avec qui je me bercerais dans une maison de petits vieux, en buvant de la bière et en nous remémorant nos aventures de jeunesse.

J’aurais aimé avoir une complice avec qui partager mes craintes et mes bonheurs maternels. J’envie celles qui se réjouissent d’apprendre qu’elles partageront un morceau de congé de maternité avec leur meilleure chum. J’aurais voulu louer un grand chalet avec mes acolytes, leur amoureux et leur progéniture. J’aurais voulu…

J’ai partagé les activités maman-bébé et les conversations de cour d’école avec d’autres parents du quartier.

Nous avons créé des liens avec le temps, cumulant les rencontres fortuites dans les parcs et les événements du coin. J’ai connu certaines mères dans l’organisme du quartier que j’ai longtemps dirigé. J’en côtoie d’autres plus étroitement, en bénévolant pour le CPE ou ailleurs… Mais ce n’est pas pareil sans passé dépravé à se raconter!

Je connais des tas de filles sans bambin qui capotent sur ceux de leur best.

Elles sont ravies d’intégrer les cocos de leur partenaire dans leurs nouvelles aventures. Elles vont même les kidnapper de temps à autre pour créer un lien plus personnel avec la progéniture, pour offrir un peu de répit à la maman qu’elles aiment tant ou pour apprendre à l’enfant toutes les niaiseries que leur amie interdirait. Elles ne désirent pas de bébés, ou pas tout de suite, mais adorent jouer les «matantes» cool.

Mes copines sans gamin ne sont pas ainsi.

Peut-être parce que leur absence de progéniture provient davantage d’un état de fait que d’une décision assumée. Peut-être parce que j’ai été si brièvement cette maman d’enfant unique facile à trimballer partout. Je suis devenue triple belle-mère à mi-temps tout en devenant mère. J’ai rapidement fait le projet d’un second bébé, qui allait aussi devenir, une semaine sur deux, le cinquième enfant à vivre sous notre toit.

Mes chums sans bambin ne jouent pas les «matantes» cool. Et c’est bien correct ainsi.

Je ne suis sans doute pas non plus leur version idéale de l’amie génitrice. La maman cool laisse son conjoint profiter de moments privilégiés avec sa marmaille le vendredi soir, le temps de s’offrir le privilège d’un bon resto ou d’un spa entre copines. Je suis celle que j’ai toujours été. Sans demi-mesure. Dans la vingtaine, mon occupation principale consistait à faire la fête entre amis. Depuis que j’ai tricoté des bébés, ma priorité est ailleurs. Je n’ai plus rien de la fêtarde d’avant, mais j’ai gardé la même intensité, que j’ai convertie autrement. Je danse dans la cuisine avec ma marmaille et un verre de limonade à la main.

Mes complices souhaitaient conserver notre amitié, mais ne tenaient pas à l’épandre sur ma progéniture. C’est compréhensible. 

La plupart du temps, je les rencontre sans les petits. Ça explique pourquoi je les vois rarement. 

Ma route n’a pas suivi le même tracé que mes meilleures amies de jeunesse. Une distance s’est installée entre nous. La distance se vit différemment d’une situation à l’autre. Dans certains cas, l’amour perdure malgré l’éloignement. Les rencontres se font plus rares, mais demeurent toujours aussi plaisantes. Dans d’autres cas, l’éloignement s’apparente plutôt à un fossé qui s’est rempli de gadoue et de décombres.

Pour la nostalgique que je suis, il n’est pas facile d’accepter qu’une personne ayant tellement compté dans sa vie ne soit désormais qu’une vieille amie d’occasions avec qui on ressasse des souvenirs et fait des mises à jour bien partielles de notre vie actuelle. Pour la nostalgique que je suis, il est encore plus difficile de se résoudre à faire le ménage dans sa vie, à ne plus vivre parmi les ruines d’une amitié qui n’est plus.

Et vous, quel type de lien avez-vous conservé avec vos amis d’enfance? Avez-vous su jumeler maternité et amitié? Est-ce que votre cercle d’amis s’est beaucoup modifié après avoir enfanté?

Mélissa M.