AVANT LA 3E VAGUE #METOO

Avant la 3e vague #METOO

Suivant l’élan de la 2e vague du mouvement #metoo, j’ai eu envie, j’ai eu besoin, de remettre certaines pendules à l’heure après avoir entendu divers propos. J’ai eu besoin de partager le fond de ma pensée.

J’ai eu besoin d’exprimer mes craintes, celles qui sont venues entre autres avec le fait d’élever une fille dans ce monde qui, beaucoup trop souvent, on va se le dire, fait vraiment dur.

(Non, je ne prendrai pas le parti ou ne défendrai personne ici. Je ne parlerai non plus d’un cas en particulier. Je ne prendrai pas non plus position sur la manière dont les révélations ont été faites au courant des derniers mois, ni sur les conséquences qu’elles ont entraînées.)

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Je suis une femme de 28 ans avec énormément de caractère. J’ai confiance en moi, je ne me laisse pas marcher sur les pieds et je n’ai jamais peur de dire ma façon de penser… Et pourtant.

Pourtant, il y a exactement un an, j’ai vécu une situation et ma réaction était loin d’être celle que je me serais imaginée avoir.

En fait, la situation en elle-même était loin d’être quelque chose que je me serais imaginée. Il y a un an, je suis allée dans un festival. Un festival très connu. Un festival auquel je vais chaque année, depuis plusieurs années.

Et alors qu’un soir, j’accompagnais ma sœur qui devait se rendre aux toilettes et que j’attendais qu’elle termine, un homme, un peu plus âgé que moi, m’a abordée. Puis, au bout de quelques minutes d’échange sur un sujet totalement absurde et où la conversation était loin d’être passionnante parce que notre niveau d’alcoolémie n’était clairement pas le même:

IL M’A TOUCHÉ L’ENTREJAMBE EN ME DISANT QUE JE L’EXCITAIS.

ET MOI, J’AI COMPLÈTEMENT FIGÉ.

Moi, la personne que je vous ai décrite plus haut, j’ai figé. Je ne l’ai pas envoyé promener, je ne l’ai pas traité de tous les noms, je ne l’ai pas frappé… J’ai figé. Je n’en revenais pas. J’avais de la difficulté à croire ce qu’il venait de m’arriver. J’ai encore de la difficulté à croire que ça m’est vraiment arrivé. Je n’arrivais pas à comprendre quel genre de message il avait bien pu lire à travers mes réponses loin de contenir quelconque sous-entendu et ce qui avait bien pu se passer dans sa tête.

Et tout ça, c’est une histoire parmi tant d’autres que j’ai vécues ou que d’autres ont vécues.

Et si je vous la raconte aujourd’hui, c’est pour mettre les choses au clair une fois pour toute. J’ai l’impression que trop souvent, trop longtemps, nous avons banalisé des gestes en se disant que «ce n’était rien», en se disant que «ça arrive à tout le monde» ou en se disant qu’on serait capable d’arrêter avant que ça aille «trop» loin. La vérité, c’est que chaque personne a ses propres limites et que personne n’est autorisé à les transgresser.

Donc, il est temps qu’aujourd’hui ça s’arrête, il est temps qu’aujourd’hui il y ait enfin un changement de mentalité.

Parce qu’en aucun cas, AUCUN, vous n’avez le droit de vous autoriser à toucher le corps d’une autre personne. Que vous soyez un homme ou une femme. Que vous soyez seul ou en gang. Que vous soyez jeune ou vieux. Que vous soyez au bar ou dans la rue. Même si vous trouvez votre geste «banal». Même si dans la situation contraire, ça nous ne vous dérangerait pas. Même si la personne ne vous a pas prévenu qu’elle refusait (d’un beau gros «NON») en avance le geste que vous alliez poser.

EN AUCUN CAS. PEU IMPORTE LE GESTE. ON DEMANDE OU ON S’ABSTIENT.

Et comble de l’ironie. Si ladite personne vous le dit le beau gros NON… Que ce soit un/une inconnu(e) ou un/une conjoint(e). Qu’elle l’ait dit une ou trente fois. Même si vous pensez que la personne va changer d’idée. Même si vous avez eu l’impression qu’elle pensait le contraire.

ON N’INSISTE PAS. JAMAIS.

C’est bien malheureux, car tant et aussi longtemps qu’on ne sera pas tous en accord sur ce point, tant et aussi longtemps qu’on ne pensera pas tous différemment, on aura un problème. Un méchant gros problème de société. C’est une réflexion que l’on doit tous faire ensemble. C’est une tâche à laquelle nous devons tous participer.

C’est une question d’éduquer nos proches: nos enfants, notre famille, nos amis, nos collègues, etc.

Parce que moi aujourd’hui, comme plusieurs autres personnes, j’ai une jeune enfant que j’élève dans cette société. Et j’aurai beau la mettre en garde, lui indiquer comment réagir dans certaines situations, la conseiller et la guider du mieux que je peux, lui faire suivre tous les cours possibles pour assurer sa protection (toutes des choses que je trouve totalement anormales)… Je ne contrôlerai jamais les faits et gestes des gens qui croiseront sa route et on ne sait jamais comment on va réagir réellement une fois confronté à une situation.

S’il y a bien une chose qui est importante pour moi, c’est d’apprendre à ma fille, comme l’a fait ma mère avec moi, que son corps lui appartient à ELLE.

Que c’est à elle et seulement elle de décider avec qui, dans quel contexte, dans quelle mesure et de quelle façon, elle a envie de partager ce qui lui appartient. Et que c’est la même chose pour les autres. Mais pour qu’elle soit en mesure de penser de cette manière toute sa vie, il faudra que tous ceux et celles qu’elle côtoiera comprennent ce principe-là et le respectent aussi.

Il est temps que ça change. Il est temps qu’ON change. On a de la chance, parce que c’est encore possible de le faire. Et tant qu’à y être… Si jamais vous êtes témoin d’une situation déplacée, peu importe qui sont les personnes impliquées, vous avez le droit de réagir. J’irais même jusqu’à dire que vous avez l’obligation de réagir. D’ailleurs, ce serait déjà un bon début vers notre changement de mentalité.

Bonne réflexion!

Kim B.