Bébé vs Covid

La pandémie est venue désorienter tout ce que je m’étais imaginée suite à la naissance de mon fils. Non seulement j’avais hâte de le présenter à tous et de lui permettre de découvrir de nouveaux visages, mais j’étais aussi très excitée à l’idée de l’emmener partout avec moi en diversifiant ma vie sociale. 

Revirement de situation assez drastique, 2020 s’annonçant être un mélange décevant de confinement et de distanciation sociale. Avec l’arrivée de bébé est donc venues de grandes décisions concernant sa sécurité et sa santé dans ce nouveau monde pandémique. 

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2 mètres c’est bien, un masque c’est mieux, 30 lavages de mains par jour, c’est encore mieux!

Mais au-delà de tout ça, mon coeur peine à suivre les indications fortement recommandées même si mon cerveau est plus que pleinement conscient de la réalité. 

J’ai tant de misère à vous dire non quand je vous vois approcher à moins de 2m de ma poussette. J’aurais tellement envie de vous laisser le prendre dans vos bras mais mon coeur de mère hurle et pleure à l’intérieur à l’idée qu’il puisse attraper quoi que ce soit. 

Parfois je me sens too much et à d’autres moments, j’ai l’impression de ne pas en faire assez. Je suis si ambivalente sur cette situation tellement difficile à vivre, mais c’est la Germaine en moi qui finit toujours par trancher et me fait parfois paraître pour la méchante qui en fait trop. 

J’ai tellement de peine de voir ma grand-mère, assise aussi loin de lui sur le balcon, qui meure d’envie de le prendre dans ses bras.

De voir mon grand-père sautiller de joie avec son appareil photo dans les mains et qui peine à rester à 2m de distance de son premier arrière-petit-fils. De voir le regard lumineux de mon frère qui a déjà hâte de jouer avec son neveu sachant très bien que ce ne sera pas possible avant longtemps. 

J’ai mal. La douleur de mon coeur de nouvelle maman qui espérait une tout autre entrée dans ce triste monde pour mon premier enfant.

Je le voyais déjà se faire barouetter dans tous les bras; mamie, papi, oncle, parrain, marraine, nos amis, la voisine, ma coiffeuse… pour finalement ne voir que quelques-uns à bonne distance ou avoir le nez devant l’écran du téléphone de maman sans savoir ce qu’il regarde. 

On me dit que mon fils va être sauvage, qu’il n’aimera pas se faire prendre, qu’il aura peur de tout le monde sauf de ses parents. On me dit que ce n’est pas grave si je les laisse le prendre avec un masque et les mains fraîchement lavées. On me dit que je ne devrais pas l’amener au magasin avec moi, alors que je suis seule avec lui parce que papa travaille, mais que j’ai affreusement besoin de vêtements pour habiller ce corps post-partum que je ne connais pas. 

Comment savoir ce qui est bien pour lui et ce qui ne l’est pas. Je suis perdue.

Mon coeur, mon instinct de maman et mon cerveau lavé et bourré d’informations covidiennes font la guerre à savoir qui a raison et qui a tort. 

Confinement, déconfinement, première ou deuxième vague, peu m’importe; pour moi, mon enfant restera loin de tout ça le plus longtemps possible.

Parce que oui j’ai peur pour lui, mais j’ai aussi peur pour moi, sa mère. L’idée de moi-même attraper ce virus sournois alors que je dois prendre soin de mon enfant et, en même temps, ne pas le contaminer, me donne le vertige. 

Alors à vous tous, famille et amis qui n’en peuvent plus d’attendre de cajoler ce mignon petit garçon, je vous demande de patienter encore.

Parce que mon instinct de maman me dit que c’est la bonne chose à faire, peu importe ce que monsieur Legault dira dans son point de presse de demain. Tant que la menace sera encore aussi présente, mon fils continuera de ne connaître que les bras de papa et maman. 

C’est d’une tristesse infinie de me dire que mon garçon ne découvrira pas le monde comme la majorité des enfants avant lui. Il fait maintenant partie d’une nouvelle génération, d’un nouveau monde que nous apprenons à apprivoiser.

C’est une adaptation pour nous mais une grande aventure pour lui et ses grands yeux émerveillés. 

En ce temps de pandémie, les journées sont longues pour ceux et celles qui le voudraient dans leurs bras, mais pour nous le temps passe vite à le regarder grandir à une vitesse impressionnante. J’ai bon espoir que bientôt, dans quelques mois, peut-être plus, il pourra enfin vivre la proximité remplie d’amour de tous ces gens qui l’aiment tant. Suffit simplement d’être patient et indulgent, pour la santé de notre enfant. 

Kim L.