Ce cri dans la nuit

C’est le mois de mai. Synonyme de bourgeons dans les arbres, de tulipes, de températures à la hausse et de soleil qui réchauffe notre cœur. C’est l’un de mes mois préférés. Certains diront que j’ai un parti pris puisqu’il s’agit du mois de mon anniversaire… Mais bon! C’est aussi le mois de la fête des Mères, cette fête qui a pris un tout autre sens pour moi il y a deux ans. N’y a-t-il rien de plus beau qu’être parent?

Pourtant, à l’aube de ma première fête des Mères, je n’avais pas le cœur aussi léger.

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Agatha Mirabel
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Je m’en souviendrai toujours. En couchant ma fille, qui avait 4 mois et demi à ce moment-là, la veille de cette journée spéciale, j’étais loin de savoir ce qui m’attendait…

Ma fille s’est toujours couchée très tard étant bébé. Elle se couchait dans les alentours de 22h30-23h00. Plusieurs membres de notre entourage n’en revenaient pas. «Ce n’est pas une heure pour coucher un bébé!» Et pourtant… Je suis très chanceuse. Dès l’âge de 9 semaines, ma fille faisait ses nuits, des douze heures. Ça nous donnait vraiment un répit, puisqu’une fois éveillée, elle était un bébé très exigeant. Et pour m’assurer de pouvoir profiter au maximum de ses heures de sommeil pour me reposer, son heure de coucher était synchronisée avec la mienne. Et on se levait ensemble vers 10h30 le lendemain matin. Pour moi, c’était la meilleure option. Elle dormait le même nombre d’heures qu’un bébé qui se couche à 19h, mais moi je profitais pleinement de chacune de ses heures de sommeil alors que si je l’avais couchée plus tôt, je ne me serais pas couchée en même temps.

Bref, ce soir-là, j’ai couché ma fille dans son lit comme tous les autres soirs et je suis allée me glisser dans le mien.

Vers 00h30-1h00, ma fille s’est mise à crier/pleurer. Mais ça ne me semblait pas comme à l’habitude. Je me suis dit que ça devait être parce que j’étais fatiguée. Je suis allée la trouver dans sa chambre. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai fait la même routine que lorsque je me levais la nuit: j’ai changé sa couche et je l’ai mise au sein. Bizarrement, elle ne tétait presque pas et s’agitait plus que d’autre chose. J’ai donc mis fin au boire et j’ai commencé à la bercer pour qu’elle se rendorme, soit la seule manière de l’endormir. Mais elle continuait de pleurer, étrangement, et de s’agiter. On aurait dit qu’elle semblait absente.

Au bout de deux heures à la bercer, à marcher avec elle dans mes bras et à essayer de la calmer, je me suis dit qu’elle devait avoir mal au ventre.

J’avais mangé épicé la veille et donc comme toute mère en situation d’inquiétude, j’ai tenté de trouver un raisonnement logique à la situation. Je suis allée réveiller mon conjoint, car j’étais à bout de ressources et inquiète de la situation et de voir ma fille comme cela. Il s’est levé et a opté pour une tout autre tactique que la mienne. Il m’a demandé si j’avais pris sa température (wow, pourquoi n’y avais-je pas pensé?). Chose qu’on a faite, mais rien. Il a ensuite proposé de lui donner un bain (une autre bonne idée!). Chose qu’on a faite, mais rien ne calmait ma fille. Elle est même allée jusqu’à être malade, recrachant tout le peu de lait qu’elle avait pris deux heures avant.

Je suis donc retournée à ma première technique. Je l’ai bercée. Jusqu’à ce que finalement elle se calme et s’apaise. Il était désormais près de 7h00. J’étais brûlée et désemparée. Mais qu’avait-il bien pu se passer? Je me suis promis de ne plus jamais manger épicé tant que j’allaiterais. Pas question que ça se reproduise. Et pourtant… Quelques jours plus tard voire une semaine, même scénario, même heure ou presque. Et je n’avais pas mangé épicé cette fois. Je dois vous dire que c’est assez épeurant de voir son bébé dans cet état. Et surtout de ne rien pouvoir y faire. Habituellement, en toute autre occasion, j’arrivais toujours à la calmer. Cette 2e fois a duré beaucoup moins longtemps. Puis, ça s’est reproduit. Une autre nuit, puis une autre nuit.

J’ai eu un rendez-vous de suivi par la suite avec le médecin de ma fille et je lui ai parlé de la situation.

C’est là qu’il m’a dit: «ta fille fait des terreurs nocturnes».

Des quoi? Comment ma fille peut-elle faire des terreurs nocturnes, elle a seulement 4 mois? Et pourtant, c’était bien le cas. Il m’a rassurée en me donnant quelques conseils pour diminuer la fréquence de celles-ci et m’a expliqué que ma fille n’était pas consciente de ces crises et donc n’en gardait aucune séquelle ou aucun souvenir.

J’ai, de mon côté aussi, fait des recherches sur ces dernières. Je voulais donc partager tout ça avec vous.

J’imagine que je ne suis pas la seule dans cette situation et peut-être qu’un peu de réconfort dans cette inquiétude vous ferait du bien. Premièrement, le cas de ma fille est très rare. Chez les bébés qui en font, c’est habituellement vers 7-8 mois que ça commence et encore là, c’est très jeune, parce que la tranche d’âge qui est le plus susceptible d’en faire est la: 18 mois – 4 ans. Il s’agit aussi de quelque chose de génétique, c’est-à-dire que, pratiquement toujours, un membre de la famille (et pas seulement les parents, mais les oncles/tantes/grands-parents) en a fait. Et les crises se produisent environ deux heures après le début de la nuit de l’enfant.

Deuxièmement, il y a quelques trucs qui m’ont aidée pour prévenir les crises. Couper tout temps d’écran avant le dodo. La stimulation trop importante garderait le cerveau très actif au moment du coucher, ce qui augmenterait les crises. Les activités relaxantes sont donc, par le fait même, à prioriser avant le dodo. Éviter d’attendre que l’enfant soit très fatigué avant de le mettre au lit. Une fatigue extrême augmenterait aussi les crises. Ne vous surprenez pas, les crises sont aussi très fréquentes quand les enfants sont malades.

Pour finir, toute interaction avec l’enfant durant la crise est idéalement à proscrire.

Il s’agit d’un genre d’état de transe, un peu comme un somnambule. Et au même titre, il est préférable de ne pas interagir. D’ailleurs, dans notre cas, j’ai remarqué que les crises duraient beaucoup moins longtemps si je n’intervenais pas. C’est intense, effectivement, mais ça ne dure que quelques minutes. Et rassurez-vous, les terreurs nocturnes disparaissent avant l’entrée à l’école dans la majorité des cas.

Ce n’est pas terminé ici. Ma fille en fait encore de temps en temps, malgré qu’elles soient beaucoup moins fréquentes. Ma fille a toujours eu un sommeil plutôt agité. Je me sens tout de même plus sereine aujourd’hui face à ces crises. Ma fille a encore un moniteur dans sa chambre et donc je m’assure que tout est quand même correct lorsqu’elles surviennent. Mais nul doute que, toute ma vie, je me souviendrai de ce cri dans la nuit précédant ma première fête des Mères.

Kim B.