CETTE (MA) SOURNOISE DÉPRESSION POST-PARTUM

J’ai longtemps hésité à écrire cet article. Je dois l’avouer, je me sentais un peu honteuse, comme si j’avais échoué quelque part lorsque j’ai finalement reconnu et accepté le fait que oui, je souffre d’une dépression post-partum. Je vous écris aujourd’hui, peut-être pour que celles qui le vivent se sentent moins seules, mais aussi pour me faire du bien. 

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«Acceptez que vous ayez un problème et ce sera le début de la solution.» Non, mais on l’a entendu souvent cette phrase-là, c’est même cliché. Pourtant, c’est vrai. 

D’abord, il faut faire la différence entre le baby blues et la dépression post-partum.

Le baby blues est un état émotionnel qui arrive souvent dans les 3 jours post accouchement, avec la chute hormonale. On parle, en général, d’une durée de quelques heures à 15 jours. La dépression post-partum, elle, peut se manifester à tout moment au courant de l’année suivant l’accouchement, d’ailleurs c’est ce qui peut la rendre aussi sournoise. Certains facteurs de risques de la dépression post-partum sont les évènements stressants, la faible estime de soi et le peu de soutien social, pour ne nommer que ceux-ci, car oui il y en a d’autres. 

Faisons un retour sur les faits.

J’ai accouché de mon quatrième enfant à la toute fin du mois de mars dernier. Outre les stress normaux d’une femme enceinte (est-ce que mon bébé va bien in utero? Est-ce que mon accouchement va bien se passer?), j’ai dû composer avec le stress lié aux mesures dû à la Covid-19. Étant une personne anxieuse d’avance, je regardais les nouvelles tous les jours de façon presque obsessionnelle parce que j’avais peur que mon conjoint soit refusé en salle d’accouchement et malheureusement, je sais que c’est arrivé à certaines mamans.

J’avais peur du moindre mal de gorge, du moindre éternuement, de la moindre petite toux ou encore d’avoir ne serait-ce qu’une petite goutte au nez. Pourquoi? Parce qu’on m’avait fait peur. Pas ma famille, pas les nouvelles. Non. Le personnel médical m’avait fait peur. Une gynécologue m’avait dit que si je n’accouchais pas bientôt, les chances que mon conjoint puisse être avec moi en salle d’accouchement seraient minces, vu l’évolution de la situation au Québec. Quelques jours plus tard, j’ai dû me rendre au centre hospitalier pour faire un monitoring du bébé, car comme si je n’avais pas assez de stress, mon placenta était devant pour ce bébé, je sentais donc beaucoup moins ses mouvements qu’à mes autres enfants et cela finissait par m’angoisser. Lors de ce rendez-vous, l’infirmière m’a dit que le jour de l’accouchement, je ne devais avoir aucun symptôme de rhume ou de grippe, car cela pourrait non seulement compliquer l’accouchement, mais aussi, étant donné le peu de connaissance que l’on avait sur le Covid-19 à ce moment-là, peut-être que je serais séparée de mon bébé pour ne pas le rendre malade. Elle a terminé en me disant: «Je te dis ça comme ça, en fait on ne sait pas grand-chose.» Sur le coup, je me demandais la pertinence de m’avoir dit cela si dans les faits, elle n’en savait rien. Moi, ça m’avait fait peur. Je me suis mise à m’imaginer les pires scénarios possible. Le stress était à son comble.

J’ai pu compter sur mon accompagnant à la naissance pour m’écouter, me calmer et me rassurer.

Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans lui. D’ailleurs, j’étais tellement stressée, anxieuse et explosive que j’admire la patience, l’écoute et le professionnalisme dont il a fait preuve tout au long de ma grossesse, mais surtout dans les dernières semaines. Il m’a été d’un précieux soutien, carrément indispensable. Comme mon conjoint ne semblait pas comprendre mes peurs, mon accompagnant à la naissance m’aidait à garder la tête hors de l’eau quand mon stress devenait trop difficile à gérer. Finalement, comme j’en ai fait le récit dans un précédent texte sur ce blogue, mon accouchement s’est bien passé et mon conjoint était à mes côtés. Je venais quand même de traverser un stress important. Cela m’a beaucoup marquée et je suis convaincue que malheureusement, d’autres mamans ont fait face à une période de stress intenses similaire à la mienne et pour les mêmes raisons. J’espère qu’elles ont eu le soutien dont elles avaient besoins. 

Dans les semaines qui ont suivi mon accouchement, nous étions en confinement.

Je ne pouvais voir ni ma famille ni mes amies. Nous étions que mon conjoint, mes enfants et moi. Mes nuits étaient courtes avec l’arrivée de bébé et les grosses journées que nous avions. Tous nos enfants étaient à la maison, pas d’école ni de garderie. J’étais contente malgré la situation de pandémie, que mes enfants soient tous avec moi. J’en ai profité au maximum avec eux. Avec le ménage à faire, les enfants à s’occuper, les courtes nuits pour les boires de bébé, ma fatigue commençait à s’accumuler. Lors de mes accouchements précédents, j’avais le soutien de mes parents et de mes amies qui venaient chez moi pour me donner un coup de main avec la maisonnée. Ils m’aidaient à faire le lavage, divertir les autres enfants, faisaient des petits plats, etc. Pendant ce temps-là, j’en profitais pour dormir un peu avec mon nouveau-né. Dans le contexte du Covid-19, ce n’était plus possible.

Mon conjoint ne m’aidait pas, car je pense qu’il ne savait pas exactement quoi faire, autre que ses tâches habituelles, car c’était moi qui faisais tout cela d’habitude.

Il s’occupait des enfants, mais le ménage de la maison était un peu négligé. Je voyais non seulement ma fatigue s’accumuler, mais les piles de vêtements et de vaisselles à laver aussi. Pour mon conjoint, j’étais rendue «chialeuse» parce que je lui disais souvent que telle ou telle chose n’étaient pas faites. Je n’étais pas en mesure de tout faire, car contrairement à mes accouchements précédents, je suis demeurée avec un problème dans la mobilité d’une de mes jambes après l’accouchement. Cela rendait mes tâches plus difficiles. J’avais hâte qu’il retourne au travail. J’avais constamment l’impression qu’il me faisait des reproches alors que je faisais ce que je pouvais. De mon côté, je trouvais qu’il n’en faisait pas assez pour m’aider dans la maison. Aussi, disons-le, dans un couple la sexualité est importante. Pour moi, c’est ce qui unit un couple, des amoureux. Moi, je n’avais pas envie de sexe. Mon corps me dégoutait. J’avoue, avec le confinement j’avais pris du poids post accouchement. Dans ma tête, j’étais non seulement une bonne à rien, mais j’étais grosse et molle. Bref, ça n’allait pas bien. J’ai tout mis sur le dos de la fatigue, des hormones et de mon conjoint. Quand on a pu recommencer à voir des gens, j’ai fait comme si de rien n’était. J’ai continué de faire des blagues et des niaiseries comme j’en avais l’habitude, mais en dedans de moi, je souffrais. 

La dépression post-partum ne veut pas nécessairement dire qu’on vit une difficulté d’attachement avec notre bébé, ni même qu’elle provient de lui.

Parfois, ce sont juste une combinaison de facteurs suivant la naissance qui la déclenche. Un soir, je cherchais quelque chose dans une conversation que j’avais eue sur Messenger avec une amie. J’ai remarqué que lorsqu’elle me demandait comment j’allais, je répondais souvent «Bof». J’ai été lire d’autres conversations avec d’autres personnes pour voir si, inconsciemment, je disais la même chose. J’ai réalisé que finalement, j’allais souvent «bof». Quelques jours plus tard, j’avais un rendez-vous chez mon médecin de famille pour le suivi de croissance de mon fils. Elle m’a demandé comment j’allais et si je me sentais soutenue depuis la naissance de mon fils. Ma réponse a été immédiate, je me suis mise à pleurer. Mon masque de clown était rendu trop lourd à porter. Je n’avais plus envie de faire semblant. Je lui ai dit que j’avais eu beaucoup de difficultés avec la gestion du stress en fin de grossesse, mais qu’heureusement j’avais eu mon accompagnant à la naissance qui m’a aidé à traverser toutes ces vagues, cependant, certains propos du personnel médical m’avaient marquée par leur froideur. Je lui ai dit que dans le contexte Covid-19, loin de ma famille, de mes amies, sans pouvoir sortir me changer les idées, mon moral en avait pris un coup. Je lui ai dit que dans mon couple, je me sentais incomprise. Lorsqu’elle m’a parlé de dépression post-partum, j’ai encore plus pleuré. Ça y est, j’avais échoué. J’étais une mauvaise mère, j’étais faible et bla-bla-bla. 

Ma doc m’a guidé vers les ressources nécessaires. J’ai finalement compris beaucoup de choses et je vais beaucoup mieux maintenant. 

D’abord, soyez rassurées, vous avez le droit de vous sentir submergées et c’est correct que vous ayez 4 paniers à linge à plier et une brassée de vaisselle en attente sur le comptoir.

Ce n’est pas grave. Vous n’êtes pas une mauvaise mère parce que vous faites une dépression post-partum, la vie nous frappe parfois de tous les côtés à la fois et il se peut que vous vous sentiez un peu sonnée. Prenez le temps de reprendre vos esprits et appuyez-vous sur une personne sur qui vous pouvez compter. Mes amies m’ont été d’un grand soutien. Vous pouvez aller voir un psychologue pour vous aider à remettre toutes vos idées en place, il est là pour ça. Parfois le regard extérieur nous aide à voir une situation autrement. N’ayez pas honte, peu importe vos diplômes et votre métier dans la vie, que vous ayez 1,2 ou 5 enfants, vous n’êtes pas à l’abri, mais vous n’êtes pas seule. La dépression post-partum touche de 10% à 20% des femmes (source INSPQ) et je crois que ce chiffre sera en augmentation pour l’année 2020. Moi, je ne pensais jamais que je pourrais faire une dépression post-partum puisque je n’en avais jamais eu avant pour mes autres enfants et parce que je suis un vrai clown dans la vie. Pourtant… Le plus difficile, c’est de l’admettre, mais aussi dans le contexte social actuel, le réaliser.

Moi, je pensais que j’étais juste fatiguée et un peu débordée.

Avec le confinement, personne ne pouvait me regarder et voir que je n’allais pas bien pour m’aider à comprendre que ce n’était pas juste de la fatigue. Si vous avez des amies qui ont accouché récemment ou qui accoucheront prochainement, faites des appels par caméra si vous ne pouvez pas les voir, parfois on peut lire beaucoup de choses dans la voix et les yeux d’une personne. 

Je continue mon cheminement avec un soutien psychologique adapté et j’apprends à prendre soin de moi pour me libérer de cette dépression post-partum, pour redevenir une maman tout entière pour mes enfants.

Le bien-être et le bonheur de mes enfants sont ce qui compte le plus à mes yeux. Tout cela a fait très mal à mon couple parce qu’on voyait les choses différemment. Je ne cesse de me demander, si sans le confinement et ses mesures, les choses auraient été différentes. Je ne blâme pas les mesures sanitaires, car elles étaient et sont nécessaires, mais je ne peux m’empêcher de me demander si tout cela serait arrivé sans de telles conditions. Si j’avais eu mon entourage comme soutien et que j’avais pu bénéficier de plus de contacts humains après l’accouchement, est-ce que j’aurais eu une dépression post-partum quand même? 

Et vous, comment s’est passé votre post-partum en ce temps d’urgence sanitaire?

Mom-of-Boys