Les vraies affaires

Je viens d’une famille qui aime le mot juste.

J’ai été élevée par des amoureux de la langue française qui ont surveillé mes moindres mots pour s’assurer, toujours, que je les utilisais de la bonne manière et dans le bon contexte.

Et là, je dois dire qu’il y a une grande aberration à laquelle nous assistons tous sans rien faire et à laquelle il faut absolument mettre fin.

Parlons du CONGÉ de maternité.

On va se dire les vraies affaires : si la définition du Larousse dit, entre autres, qu’un congé est une « […] autorisation accordée à un salarié de cesser le travail […] », cette appellation évoque, pour la plupart d’entre nous, des vacances et du repos. Or, voilà où le mot juste devient important. Si, selon sa définition, le CONGÉ est bien le mot juste, dans les esprits, il en est tout autrement.

Parce que le congé de maternité n’a de congé que le principe qu’on ne se déplacera plus pour se rendre dans un milieu de travail X.

En fait, c’est justement ça la patente : ON VA FAIRE BEN PLUS. On va travailler 7 jours sur 7, 24 h sur 24, seule, de la maison. Y aura pas de pause dîner, pas de 5 à 7 où on ventile, pas de congé de maladie, pas de vacances, pas de fins de semaine, pas de collègues avec qui bitcher ni de conversations libératrices de machine à café et surtout, pas de retour à la maison relaxe écrasée dans l’divan.

Le CONGÉ de maternité, c’est s’occuper d’une petite personne bonne-humeur-pas-bonne- humeur, malade-pas-malade, coopérative-pas-coopérative.

Et que celui ou celle qui ose dire « Ouin, mais quand il dort tu peux faire tes affaires » se lève. Un bébé qui fait une sieste est un bébé encore et toujours sous notre responsabilité. Ce n’est pas un bouton off une sieste. Alors peu importe ce qu’on fait de ce PRÉCIEUX temps «pour nous» (ici, j’emploie les guillemets parce que, ça aussi on va se le dire, ce « temps pour nous » sert souvent à ramasser la maison et à préparer de la nourriture pour ledit siesteux), notre mode vigilance est toujours à 100 % de sa capacité.

Et ça, le mode vigilance, c’est un mode qui apparaît dès la naissance de notre précieuse progéniture et qui ne s’éteint JAMAIS.

Le mode vigilance, c’est le mode qui nous réveille en sursaut dès que bébé renifle dans son lit. C’est le mode qui nous fait dire «Ah, il est réveillé» quand absolument personne n’a rien entendu. C’est le mode qui nous transforme en femme bionique dès que bébé a un besoin, peu importe la pièce de la maison dans laquelle il se trouve. C’est notre mode lionne, celui qui nous transforme du jour au lendemain en réel mammifère aux aguets.

Faque.

Un «congé»?

VRAIMENT?

Ici, je me permets de poser un jugement groooooos comme la terre.

Je me permets de présupposer que le fonfon derrière cette expression est soit un homme, soit une personne sans enfants.

J’aimerais qu’on me présente ceux et celles qui faisaient partie de la réflexion pour trouver le terme CONGÉ, et qu’ils m’expliquent. Parce que tsé, moi et moi-même avons réfléchi 2 secondes et quart et sommes arrivés à RETRAIT/ARRÊT pour maternité, ce qui marche très bien et qui serait franchement plus juste dans les esprits.

Ici attention. Ce n’est certainement pas de mon CONGÉ de maternité dont je me plains. J’ai la chance d’avoir un fils absolument merveilleux et d’adorer être à la maison avec lui. J’ai un amoureux qui travaille beaucoup, mais qui est très au fait de ma réalité et surtout très encourageant. Je suis bien entourée et je ne manque pas de ressources.

OR, je suis quand même épuisée par ce CONGÉ. Mentalement, émotionnellement et physiquement.

Et c’est ici que le terme CONGÉ de maternité me fait peur. Qu’en est-il des moins chanceuses que moi? Qu’en est-il de celles qui doivent, en plus de s’occuper de leurs bébés, se défendre d’avoir parfois besoin d’une petite pause? Une pause d’un congé? Voyons!

Ben c’est ça.

C’est beau la langue française. C’est, à mon humble avis, l’une des langues les plus belles et les plus riches qui soient. Et mes parents avaient raison de veiller à ce que je développe moi aussi leur obsession du mot juste. Parce qu’à utiliser le mauvais terme, on tord les esprits et on crée de la culpabilité là où il ne devrait pas y en avoir. Ceux qui ont «réfléchi» à cette appellation auraient dû le faire un peu plus longtemps.

Alors mesdames (et messieurs aussi), vous qui êtes en CONGÉ avec votre tout petit, bravo. Vous faites sans aucun doute le travail le plus exigeant et confrontant que l’on puisse avoir à faire. Et vous savez quoi? Vous avez le droit d’être fatigués. Cessez de culpabiliser et rayez immédiatement cette expression de votre vocabulaire. Désormais, lorsqu’on vous le demandera, vous répondrez «Moi en ce moment? Je suis en retrait pour maternité.»

Sophie V-L