Franchir le seuil de la maternité?

La conception

Devenir maman amène son lot de questionnements. Pour ma part, je dois m’en être posé au moins 800 parce que je suis de nature anxieuse. Depuis que je suis toute petite, avoir des enfants était écrit dans mon plan de vie. J’ai douté à un moment donné, pour finalement réaliser que je doutais parce que n’avais pas assez hésité. Cette incertitude fut brève quand même.

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Ma conjointe et moi étions ensemble depuis 6 ans et demi quand on a décidé d’entamer les démarches.

Tout pour m’aider, ça ne pouvait pas arriver spontanément comme bien des couples hétéros, il fallait choisir: clinique ou donneur artisanal? Ok clinique. Laquelle alors? On nous recommande Montréal, on y est. Pire service, change de clinique. Choix du donneur maintenant. Sur quoi on se base? Quelques critères d’apparence pour ressembler à la maman non porteuse, tant qu’à choisir. C’est assez spécial de pousser la réflexion si loin quand normalement, on ne choisit pas un partenaire avec qui on devient parent basé sur sa génétique ou sur «combien d’échantillons sont disponibles» si on veut une sœur ou un frère par après. On ne se plaindra pas, on a la technologie et l’ouverture d’esprit de la société pour nous permettre d’avoir des enfants. Finalement, on aura eu un bébé à 1000$, parce que la vie nous a souri dès le premier essai. Wow! C’est un signe, fini les questionnements, c’était dû pour arriver.

Le bedon

Ma nature étant ce qu’elle est, mon hamster se met en marche aussitôt que le bâton a affiché deux petites lignes rose pâle. Vais-je être une bonne mère? Ok, ça fait bien 3 mois que je prends l’acide folique, ça va bien aller. Combien de temps on attend avant de le dire à nos familles? Qu’est-ce que mon boss va penser, vais-je décevoir? Et si on attendait des jumeaux?

Un beau matin, les oiseaux chantent, le soleil rayonne, pis le mal de cœur embarque.

Bon, j’suis enceinte et pour être franche, ce n’était pas si pire que ça. Avec tout ce qu’on dit sur la grossesse, j’m’étais mentalement préparée pour aller à la guerre. Dans mon cas, la réelle torture a été les interdits. Attention femmes enceintes, ne mangez pas de poissons crus, ne consommez pas d’alcool, de fromages à pâte molle, ne touchez pas à la litière. Les règles de base, ça va. Mon problème, c’est le fait que je suis les règles à la lettre, que j’évite tout risque (surtout quand il est question de mon bébé) et que je me fie à Internet. Internet est toujours là pour nous rassurer, mais on va se le dire, plus pour nous faire paniquer. Plus d’œuf coulant, de teinture, d’Advil, de salon de bronzage, de chasse-moustique, ni trop de sucre. J’étais rendue à me demander quelle crème hydratante je devais utiliser. Il y a aussi les autres. Ceux sur qui on a pas de contrôle: ceux qui fument ou ceux qui ont la gastro, la grippe (merci mon dieu il n’était pas encore question de Covid lors de ma grossesse)… Ce fut un éternel combat alors que je portais ma petite. Je me suis finalement résolue à arrêter les recherches Internet, car la liste d’interdits ne cessait de s’allonger.

La grossesse a été pour moi la période la plus difficile entre accouchement, allaitement et nuits d’insomnie, même si on ne peut nier tous ses beaux côtés.

Je craignais de ne pas aimer sentir un petit être en dedans, mais ç’a été tout le contraire. Voir ma bedaine grossir, rêver à notre famille future, voir les gens si heureux de me voir changer et de toucher mon ventre, suivre l’évolution de notre amour sur une application, préparer la chambre, entendre son cœur battre à chaque rendez-vous, et j’en passe. Porter, c’est toute une chance et j’en suis très consciente.

La naissance

Les semaines avançaient, quelques maux par ci et par là, je ne me sentais pourtant pas encore «à boute» de mon look baleine. Je me disais que je ne vivrais peut-être plus jamais la grossesse alors je savourais les derniers moments. Étonnamment, je n’avais pas trop peur de l’accouchement, même que j’avais hâte de vivre l’expérience. Les hormones doivent bien faire les choses, car je n’étais certainement pas aussi zen pré-grossesse.

25 heures de travail plus tard, ma fille est née. L’expérience est difficile à décrire, rien comme dans les films. Bien sûr c’est douloureux, mais est-ce vraiment la pire douleur qu’un humain peut ressentir? Je pense avoir déjà atteint ce seuil dans le passé, mais juste de manière différente. Probablement que vous me poseriez la question, alors oui j’ai pris l’épidurale 2 heures avant de pousser. Je ne m’étais pas mis d’attentes. J’étais curieuse de savoir si je passerais à travers sans ça. La réponse est non, et ce n’est pas plus grave que ça. Pourquoi je n’ai pas stressé devant le marathon qui m’attendait? Pourquoi j’ai plongé sans m’imaginer tous les pires scénarios possible? Est-ce mon état d’esprit relax qui explique pourquoi ça s’est si bien passé? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est que je dois garder cette force, cette confiance pour mon enfant. Elle aura besoin d’être rassurée, de sentir que tout ira bien lorsqu’elle se collera contre moi, ou lorsqu’elle me regardera droit dans les yeux.

Je comprends maintenant pourquoi on dit qu’un enfant change une vie, qu’il fait de nous une personne meilleure…

La vie

Les deux premières semaines de sa vie ont été comme un tsunami d’émotions, HELLO LA CHUTE D’HORMONES! On dit qu’on n’échoue pas tant qu’on se relève? Je n’ai pas d’autre choix que d’y croire, car je ne pouvais pas m’attendre à ce que je sois transformée du jour au lendemain. Mon côté anxieux fait partie de ma personnalité, c’est ancré en moi. Je ne dois pas en avoir honte, je ne dois pas non plus tenter de le cacher. Je dois simplement travailler sur moi et ça, c’est pour la vie. La première chose que j’ai comprise, c’est que quand on a un enfant, on a gagné le gros lot et quand on gagne, il y a des risques qu’on perde tout. Ahh les risques, j’ai-tu dis que j’les aiment pas? J’ai fini par accepter qu’il y ait des défis à tous les stades de sa vie et que je ne puisse pas tout contrôler. On s’inquiète et c’est bien normal, mais mon bébé devra explorer, découvrir, essayer, tomber, se relever, réussir, mon bébé devra être Elle. Tout ce que je peux faire, c’est d’être là pis l’aimer.

Camille B.