DIFFÉRENCES ET ACCEPTATION: SOMMES-NOUS RÉELLEMENT OUVERTS D’ESPRIT?

À l’approche de la rentrée scolaire, les émotions jouent au yo-yo dans le cœur de ma grande, son anxiété revient au galop et la petite fille forte se fragilise de soir en soir. Elle, qui défend ardemment le bon et le beau en chaque personne; elle, qui semble si forte et toujours heureuse; a le cœur qui s’émiette à l’idée de retourner à l’école. Elle entamera sa troisième année scolaire, mais les deux premières ont été parsemées de montagnes russes extrêmes. Pourtant, rien de dramatique ne lui est arrivé: elle a des amis, elle a de bonnes notes, elle est souriante, bref, c’est l’élève modèle, parfaite, qu’on oublie facilement dans un coin de la classe.

Mais un soir, alors que le fleuve coulait de ses beaux yeux bruns, elle a enfin réussi à mettre des mots sur ce qui la tracassait: «Maman, je suis tannée de me faire dire que je suis bizarre! Je ne veux pas être différente, je ne veux pas que mes amis sachent que je suis différente et je veux qu’ils arrêtent de me poser des questions.»

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Un peu abasourdis, mon conjoint et moi cherchions d’où pouvait bien lui venir cette idée.

Question de différences et d’acceptations, notre fille est plutôt particulière: dès que ses yeux se posent sur quelqu’un ou quelque chose, elle n’y voit que beauté et gentillesse. Elle a grandi dans un monde de différences et côtoie des gens de tous les horizons sans comprendre la discrimination et sans la voir. Je me rappelle qu’à l’âge de trois ans elle n’arrivait pas à voir la différence de couleurs entre elle et ses cousines. J’étais si fière de voir qu’à ses yeux, elles étaient toutes pareilles! Tout est toujours si simple pour elle, rien ne vient la contrarier, elle est prête à tout pour aider les gens afin qu’ils se sentent bien. Sa meilleure amie étant en chaise roulante, elle se fait un plaisir de l’aider pour tout. Handicap, stéréotypes, ethnie, homosexualité, etc., ce ne sont pas des mots qu’elle connait, elle ne voit que des personnalités, toutes différentes.

Mais cette fois, il n’était plus question des différences marquantes de sa meilleure amie ou de ses cousines, non, cette fois, quelqu’un relevait sa différence et cela l’agaçait.

Elle accepte sans problème que sa meilleure amie ait des trucs adaptés pour son handicap, mais n’accepte pas que l’école s’adapte à elle, car elle ne veut pas que les gens le sachent, que les gens reconnaissent qu’elle est différente. Comment peut-elle être aussi ouverte d’esprit face aux autres et si peu face à elle-même? Ce petit papillon ne veut pas se faire remarquer dans la foule, mais elle veut toutefois voler à sa façon! Elle réalise avec amertume que protéger les autres c’est simple, mais se démarquer crée des vagues qu’elle se sent incapable d’affronter.

Lorsque l’orage de ses yeux a fini par devenir qu’une petite pluie, elle nous a expliqué qu’elle doit toujours justifier ses choix, ses réflexions, ses actions, ses intérêts, car ses goûts ne collent généralement pas avec ceux des enfants de son âge.

Ce sont des trucs anodins qui finissent par l’irriter et la brimer dans sa liberté d’être elle-même et différente. Des détails aussi idiots que sa façon de porter ses bas (oui, oui…) Elle ne tolère pas les coutures donc elle met ses bas à l’envers (ça semble idiot, mais ça change notre combat pour l’habillage!), mais chaque jour quelqu’un lui demande pourquoi ses bas sont à l’envers et ensuite elle se fait dire qu’elle est bizarre. Elle nous réplique que ce sont eux les bizarres, mais elle se sent comme une petite extraterrestre.

Les bas ne sont que l’iceberg de son quotidien scolaire, en dessous se cache une pile de petits commentaires, de petites questions sans méchanceté qui s’accumulent et qui viennent la fragiliser. Elle en a assez de devoir expliquer pourquoi elle ne fait pas comme les autres en classe. Si elle fait comme eux (afin d’avoir la paix), elle est malheureuse. Elle veut se démarquer, elle veut être elle-même et aimerait que les gens la voient comme elle les voit: des personnes uniques, empreintes de beautés, avec un potentiel extraordinaire. Mais ses petites épaules sont déjà bien lourdes…

Les problèmes de ma fille sont bien mineurs, son authenticité fait d’elle une enfant bien particulière.

Bien entourée, elle retrouvera le sourire et des solutions à tous ces petits problèmes. Sa bizarrerie passera un jour inaperçue ou explosera en beauté et alors elle assumera qui elle est. Elle vit ce que bien des enfants vivent dans le monde scolaire, il n’y a rien de nouveau. Toutefois, je pense à tous ces enfants qui vivent avec des différences visibles et qui en ont plus qu’assez de se faire questionner et regarder de travers. Je pense à tous ces parents qui sans cesse doivent justifier des comportements de leurs enfants. Je pense à nos concitoyens que les gens regardent comme des étrangers et qui doivent préciser qu’ils sont nés ici. Je pense à tous les enfants avec leurs différences qui tentent de toujours entrer dans le même moule. Je pense à tous les adultes qui se comportent comme leur cœur leur dicte, au-delà des normes, au-delà de la normalité, qui doivent constamment défendre leur opinion.

Je pense à ces familles qui chaque jour vivent la différence et en souffre.

On parle sans cesse des différences, celles qui sont visibles, celles pour lesquelles des combats sont menés à juste raison, mais l’acceptation va au-delà de ces différences. Les enfants devraient pouvoir être eux, tout simplement, sans justification. Les enfants devraient être curieux de connaitre les autres, ouverts aux découvertes. Alors qu’en réalité on leur pointe plutôt les différences, focalisant sur ce qui se démarque, leur disant de jouer avec cet ami malgré sa différence. Ouvrons nos cœurs et laissons les enfants voir avec leurs yeux, et non à travers nos yeux d’adultes. Ils verront la différence entre chaque enfant: la taille, la couleur des yeux, leur nom… mais jamais la couleur de la peau, le handicap, etc., si nous, en tant qu’adulte, ne leur pointons pas.

Je me demande réellement si notre monde en est un d’acceptation ou de bien paraître…

Comment vos enfants vivent la diversité? Ont-ils des côtés obscurs qu’ils doivent cacher pour ne pas se faire traiter d’extraterrestre?

Nathalie L.