Donner le biberon: Quand le monde veut des justifications.

Depuis que je pense à devenir mère, je me renseigne sur tout ce que je pourrais faire pour offrir le meilleur à mes enfants.  Le premier sujet à m’interpeller était l’alimentation.  La seule option réellement envisageable était l’allaitement car les avantages étaient tellement nombreux : naturel, rapide, toujours prêt, pas besoin de stérilisation, économique, etc.

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Je me gardais quand même un plan B, question de me sentir rassurée.  Je me disais que si ça ne fonctionnait pas, je ne m’acharnerais pas et qu’on donnerait simplement le biberon. 

J’essayais de voir le positif en me disant que si j’étais trop fatiguée, papa pourrait donner des boires.  Je me disais que ma santé mentale devait être prioritaire dans ma nouvelle vie de maman.  Pour être honnête, j’étais tellement optimiste que je ne croyais pas avoir besoin de mon plan B un jour. En fait, je n’avais même pas pré-stérilisé de biberons ni pensé à l’organisation de la préparation du lait avant mon accouchement.

J’ai réussi (partiellement) à allaiter 2 jours. Déjà avant de partir de l’hôpital, je me doutais que mon plan initial ne fonctionnerait pas.

C’est en arrivant à la maison que j’ai compris que je devais opter pour mon plan B, mais je n’étais pas prête à cela. J’étais en crise de larmes. Je me sentais coupable, pas à la hauteur, j’avais l’impression de ne pas être en mesure d’offrir le meilleur à mon bébé. Mon chum a vraiment été super, il ne m’a mis aucune pression et essayait de dédramatiser en me rappelant les avantages de notre plan B. J’avais tellement de peine (avec les hormones c’était encore pire) car déjà là, je voyais que ma maternité serait différente de ce que j’avais pu imaginer.

J’avais un deuil à faire et je devais me donner le temps d’accepter la situation.

Les premières semaines, quand on allait en visite dans notre entourage, je me faisais poser des questions sur mon non-allaitement… Questions auxquelles je répondais en pleurant, évidemment! Je sais bien que les gens n’étaient pas mal intentionnés, mais c’était pénible. Le ton surpris, les questions en chaînes toutes plus personnelles les unes que les autres et la dizaine de solutions possibles que chacun veut proposer et qui te force à justifier pourquoi ladite solution n’a pas fonctionné ou ne fonctionnerait pas. Ce que plusieurs ne réalisent pas, c’est que quand la décision est prise, toutes ces questions et solutions viennent renforcer le sentiment de culpabilité et l’impression de ne pas être assez bonne. 

Sur les réseaux sociaux, on parle souvent de la normalisation de l’allaitement en public. Personnellement, j’ai l’impression qu’on aurait aussi besoin de normaliser le biberon en privé. La pression est plus ou moins subtile, mais la société s’attend à ce que les femmes allaitent et/ou veuillent allaiter. Des pressions plus ou moins subtiles, il y en a beaucoup. 

Et si on essayait d’enlever de la pression à ces nouvelles mamans qu’on côtoie?

Soyons ouverts sans être envahissants, les situations sont toutes différentes.  Chacune vivra sa maternité à sa façon et trouvera les solutions pour surmonter les défis qui se présenteront à elle. 

Marie-Laurence L.