Et s’il m’arrivait malheur…

Vivre avec la peur qu’il m’arrive quelque chose à mon tour. Que mes enfants se retrouvent complètement orphelins. Ils le sont déjà par la mort de leur père, mais s’il fallait que je meure moi aussi.

Cette peur est là, dans un petit coin de ce ventre duquel ils viennent et de ce cœur qui les aime davantage chaque jour, si c’est possible d’aimer plus.

Chaque fois que je pars loin d’eux j’y pense. Il y a toujours un petit diable sur mon épaule qui me chuchote «et si jamais…». J’en viens presque à revoir mon testament chaque fois. J’essaie de faire en sorte que tout soit «prêt» et en ordre juste au cas où. Je sais bien que je ne dois pas laisser cette peur prendre trop de place sinon je n’irais jamais nulle part, je serais «scotchée» à eux sans arrêt et je ne veux surtout que les enfants ressentent cette peur.  Déjà que je suis faite de maman poule à 90%.

On s’entend qu’être maman solo qui voit à absolument tout, ce n’est pas de tout repos.

Les petits moments de répit en dehors du cocon familial sont les bienvenus, quand je sais qu’ils sont bien avec leurs gardiens ça va de soi. J’ai donc parfois besoin d’aller voir ailleurs si j’y suis, l’instant d’un dodo ou deux. Ils sont les amours de ma vie, mais un petit séjour à n’avoir que moi de qui m’occuper est très bénéfique pour la santé mentale et en fin de compte bénéfique pour les enfants parce que la maman revient avec un petit boost d’énergie.

Quand on y pense, quelle est la pire chose qui aurait pu vous arriver étant enfant? Perdre votre papa ou votre maman! Pour eux, le pire est arrivé.

S’il fallait qu’ils me perdent également. Si je suis malade, la première question est : «Est-ce que c’est grave maman?». Les fois où j’ai été hospitalisée, pour des problèmes mineurs, vous n’avez aucune idée à quoi ressemblaient les yeux de mes enfants. La peur était palpable. Eux savent que ce n’est pas parce qu’on dit : «Non non, inquiète-toi pas papa va guérir», que c’est vrai pour autant. Parce que dans notre cas, je l’ai dit souvent cette phrase et j’ai menti chaque fois. Ils sont conscients que la vie est fragile et qu’en 2 secondes tout peut basculer, peu importe l’espoir que vous aviez. C’est terrible de comprendre ça à un si jeune âge. Par contre, je pense qu’ils sont en mesure de profiter de ce qu’il y a de merveilleux dans la vie justement à cause de cette compréhension.

Normalement quand un des 2 parents quitte cette terre, l’autre est là pour assurer la relève. Quand il n’en reste plus qu’un, c’est une autre histoire.

Bien sûr il y aura toujours quelqu’un pour s’occuper d’eux, famille et amis, je le sais, mais reste qu’ils seraient complètement orphelins. Et cette pensée m’insupporte. D’un autre côté, mon idéologie «grano» me dit que la vie fera en sorte que ce qui doit arriver arrivera et que ce qui ne doit pas arriver n’arrivera pas! Notre allié le temps sera là aussi pour permettre aux petits bobos de disparaître tout doucement. Il le fait déjà depuis un certain temps. La vie est tellement plus douce qu’elle ne l’a déjà été.

GE