Ils vécurent heureux et…

Quand j’étais plus jeune, entre amies, j’aimais bien faire le test de l’aiguille. On cherchait à savoir si l’on allait avoir des enfants et si oui, combien et quel serait leur sexe. Pour les moins familiers, voici comment procéder:

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  1. Attacher une aiguille à un bout de ficelle.
  2. Frotter l’aiguille sur le côté de la main droite, le long de son petit doigt, trois fois, en procédant de haut en bas.
  3. Suspendre la ficelle, de sa main gauche, au-dessus de sa main droite, de la manière la plus immobile possible. (À noter qu’il est aussi possible de suspendre le fil au-dessus de son ventre.)
  4. Après un peu d’attente, si l’aiguille se met à bouger, c’est que tu auras un enfant. Si l’aiguille effectue un mouvement en rond, ce sera une fille et si elle effectue des allers-retours en ligne droite, ce sera un garçon. Si l’aiguille se stabilise et recommence à bouger, ce seront des jumeaux.
  5. Lorsque l’aiguille se stabilise complètement, on recommence le processus pour le 2e, 3e, 4e enfant et ainsi de suite. Quand on recommence et que l’aiguille ne bouge plus du tout, la famille est terminée.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’adorais faire ce test-là.

Peut-être parce que j’ai toujours su que j’aurais des enfants, une grosse famille. C’était mon rêve.

Je me souviens qu’à presque tous les coups, le test de l’aiguille me prédisait deux enfants, soit deux filles. Mais je n’ai jamais compris pourquoi. Je me souviens de toujours avoir dit à mes amies que c’était probablement faux. Je voulais une grosse famille d’au moins trois ou quatre enfants. Pourquoi je m’arrêterais à deux? À moins d’une situation qui sortirait vraiment de l’ordinaire, d’un problème de santé ou quelque chose du genre, aucune chance que je n’aie que deux enfants. Mais je n’avais pas encore d’enfants ou rencontré le père de mes futurs enfants…

Chez moi, nous sommes quatre enfants. Je suis l’aînée d’une famille composée de trois filles et un garçon. J’ai eu une chance inouïe. Mon plus grand bonheur serait d’être en mesure que mes enfants soient aussi proches que mes sœurs, mon frère et moi le sommes. Nous avons une relation tellement unique, spéciale et privilégiée, que lorsque je fais part de ce vœu de proximité pour mes enfants à des gens qui nous connaissent, on me répond que c’est quasi impossible de reproduire la même chose. Je ne sais pas ce que mes parents ont fait de si particulier pour en arriver à ça, mais j’espère sincèrement trouver la recette magique.

Comprenez bien que je n’ai pas tenu ce discours toute ma vie. Combien de fois, enfant, je me suis tiraillée, obstinée, chicanée avec eux. Combien de fois j’ai souhaité, étant la première de la famille, que mes parents n’aient pas eu d’autres descendants afin que je sois un enfant unique. Ce lien si précieux pour moi, je l’ai compris étant plus vieille, ainsi que tous les bienfaits qu’il avait eus au courant de ma jeunesse.

Avoir des frères et des sœurs, ça t’apprend tellement: le partage, la patience, la négociation (au grand désarroi de mes parents), les excuses, le pardon, etc.

Jamais nous n’avons été à court d’imagination pour nos soirées, nos jours de congé ou nos vacances. Jamais nous ne nous sommes sentis mis à l’écart ou gênés en arrivant à un nouvel endroit, au contraire, notre arrivée à quatre intimidait habituellement tous les autres enfants. Tous les soupers de famille étaient comme des partys (et imaginez aujourd’hui avec les conjoints/conjointes et les enfants). Il ne manquait jamais d’action! Et je sais que toute ma vie, j’aurai quelqu’un sur qui compter, qui sera là dans les bons comme les moins bons moments.

Bref, j’ai toujours voulu une grosse famille. Vous comprenez pourquoi c’était inconcevable pour moi que ma famille se termine à deux enfants tel que me l’indiquait le test de l’aiguille. Puis, j’ai rencontré mon conjoint. Nous avons évidemment abordé le sujet des enfants assez rapidement. Je lui ai fait part du fait que je voulais une grosse famille de trois ou quatre enfants. Lui en voulait deux, peut-être trois. Ça me convenait, me disant qu’on en aurait probablement trois et que peut-être il accepterait pour un 4e. On a finalement eu notre première, il y a déjà deux ans. Elle a été un bébé assez difficile, disons 0-8 mois. À un point tel que je me sentais incompétente en tant que mère jusqu’à ce que ma propre mère me dise qu’elle me trouvait bonne, car elle-même, qui avait eu quatre enfants en cinq ans et demi, ne savait pas trop comment elle aurait géré la situation.

Le désir d’avoir un autre enfant est donc arrivé, de mon côté, à quelque part après la première année.

Et malgré le fait que j’avais trouvé cela difficile, je me sentais prête à en avoir un autre. Je restais certaine du fait que je voulais une grosse famille, pour moi et pour ma fille aussi maintenant. Mais mon conjoint avait, lui, un tout autre discours. Lui n’avait pas envie de revivre une autre première année de vie, lui avait réalisé l’ampleur de ce que signifiait un enfant dans une vie, lui était pleinement satisfait de notre petite famille à trois. Et malheureusement, je ne pouvais pas lui reprocher cela. Il s’agit de quelque chose de personnel, qui lui appartient. Malgré le fait que je n’étais pas du tout du même avis, je me devais de respecter ce qu’il pensait. Alors que fait-on dans ces circonstances? Disons que ce n’est pas vraiment le genre de situation où l’on peut s’en sortir en faisant un compromis (genre on va faire un autre enfant, mais on l’aura seulement une journée sur deux).

Alors on a fait ce que tout couple devrait faire, on a discuté.

Longtemps, très longtemps. Ne sachant pas trop à quelle conclusion cela nous mènerait. On a discuté. Plusieurs fois, de nombreuses fois. Des larmes j’en ai versé, des frustrations j’en ai vécues. Et finalement nous avons réussi à nous entendre pour la suite. J’ai la chance d’avoir un conjoint merveilleux qui a compris que je faisais mon bout de chemin en n’ayant que deux enfants et qui allait donc faire le sien en acceptant d’en avoir un 2e. Si vous saviez à quel point j’étais heureuse. Et triste à la fois. Le test de l’aiguille avait raison finalement. Je n’aurai que deux enfants. Jamais je n’aurais cru, dans le temps, que cela pourrait être vrai. J’y voyais un cas de force majeur et non, une décision de couple.

Maintenant, je dois faire un deuil. Peut-être est-il moins important ou souffrant lorsque vous comparez à ce que vous vivez, alors je vous envoie tout mon amour. Mais il s’agit tout de même d’un deuil pour moi, celui de mon rêve d’une grande famille à l’image de la mienne. Je n’aurai plus jamais de bébé après ce prochain nouveau-né. Alors je profiterai de chaque instant lors de ma prochaine grossesse, j’ancrerai chaque souvenir bien au fond de ma mémoire. Puis, je savourerai chaque moment avec mes enfants qui grandiront malheureusement trop vite.

S’il y a une chose dont je suis certaine, c’est que peut-être n’eurent-ils pas plusieurs enfants, mais ils vécurent heureux.

Nous serons quatre et nous nous aimerons de tout notre cœur. Car à la fin, c’est ça l’important, non?

Kim B.