J’ai trois enfants, ouain pis?

Avoir des enfants de nos jours est un choix. Un choix bien personnel, un choix de vie, un choix de couple. Pour beaucoup, il est un choix évident, pour d’autres, le fruit d’une longue réflexion, mûrie, ou encore un état de fait. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a de cela à peine quelques décennies, avoir des enfants était un devoir. Comme le dit l’expression, autres temps, autres mœurs.

Vivez l'expérience Agatha
En ligne ou en boutiques
Magasiner

Peu importe que vous ayez mûrement réfléchi votre décision d’avoir un ou des enfants, ou que la vie ait joué de sa baguette magique pour précipiter la décision à votre place, cela reste un choix personnel.

Je le dis et le redis: si ça prend un village pour élever un enfant, le fait d’en avoir ou pas est un choix intime, qui ne regarde que les parents concernés, à mon humble avis.

J’ai trois enfants.

Deux filles et un garçon qui, au moment d’écrire ces lignes, ont respectivement 5 ans, 16 mois et 2 mois. Pour ma génération, nous sommes presque considérés comme une famille nombreuse. Pour beaucoup, nous marchons sur la ligne. N’est-il pas vrai que tout, tout est fait en fonction d’une famille de quatre? Deux adultes et deux enfants. La «norme». J’en viens presque à détester ce mot…

J’ai eu mes deux derniers enfants rapprochés.

Une petite surprise s’était glissée au sein de notre famille à peine quelques mois après que nous ayons accueilli notre deuxième fille. Ce qui fait que mes deux derniers enfants ont seulement 13 mois de différence. C’est peu, j’en conviens. Mais c’est ma vie et je la vis, intensément, avec amour et au mieux de mes capacités et de mes connaissances.

Depuis que je suis maman au cube, force m’est de constater que le fait d’avoir trois enfants en 2019, dont deux rapprochés, et bien ça fait jaser! Mon plus jeune n’a que deux mois et j’en ai entendu des vertes et des pas mûrs! Des «Oh la la, tu dois pas chômer!» ou bien «Vous êtes bonne madame!»…

Si je «chôme», je suis bonne? Non… Si par ça il est entendu que je suis occupée, et bien, c’est clair que oui! Il y a des jours où j’ai de la difficulté à aller prendre une douche avant 22h00 le soir! Entre les couches, les biberons en double, les repas pour un et le b.a.-ba du quotidien d’une maman à la maison, c’est sûr que je suis occupée!

C’est intense, prenant, beau et vibrant!

Parfois, parfois je dis bien, j’envie presque, je dis presque mon chum quand il part travailler le matin, sans sac à couches, sans chaise vibrante, banc d’appoint, lingettes, poussette double, biberons, couches, 12 kits de vêtements de rechange, 25 collations, etc. Mais je vous le jure, c’est de courte durée!

Est-ce que je donnerais ma place pour autant? Non.

Pas une seconde. Est-ce que je ferais ceci toute ma vie? Non plus! C’est une étape, un passage, une «parent-thèse»… J’ai réellement entendu une dame me dire dernièrement que j’étais vraiment bonne, parce qu’elle, elle ne recommencerait pas pour tout l’or du monde!

Hum, pardon? J’ai bien entendu? Tu me dis que tu as eu des enfants et que tu ne recommencerais pas? Une chance que je ne sois pas ta fille, car on aurait eu une petite conversation sur le tact et les formulations de phrases…

Vous allez me dire que je suis «de mauvaise foi» et que ce n’est pas ce qu’elle voulait dire? Je le sais. Après le choc passé, j’ai bien compris que cette personne compatissait en voyant mes cernes, mes cheveux ébouriffés avec ma repousse de 3 pouces, mon coulis de régurgitation sur le chandail et mon déficit d’attention passager. Je sais bien que ce qu’elle voulait dire c’est qu’elle était heureuse d’avoir «passé au travers», de pouvoir voir sa progéniture évoluer et devenir maître de leur propre vie maintenant.

Où je m’en vais avec ça me diras-tu?

Je veux juste conscientiser les gens au fait que, peu importe le nombre d’enfants que tu choisis d’avoir dans la vie, le travail est colossal.

Personne n’est meilleur que les autres et chacun y va au mieux de ce qu’il est capable de faire. Il n’y a pas de recette miracle, être parent, ça s’apprend sur le tas comme on dit et c’est un don de soi. Le plus beau qui soit.

J’ai trois enfants en bas âge, ouain pis?

Je ne suis ni meilleure que les autres ni pire, je suis moi. Je suis la maman de mes merveilles et tout ce que je souhaite dans la vie, c’est de les amener à se réaliser au mieux de leurs capacités, de les voir s’épanouir. Je dormirai quand ils seront grands, j’aurai une maison Décor Mag si j’en ai envie dans 25-30 ans, mais j’aurai au moins eu la certitude d’avoir assumé mes choix jusqu’au bout, celui d’avoir trois enfants.

J’ai trois enfants, ouain pis? Je suis loin d’être la seule.

Je suis une parmi tant d’autres. Je n’ai pas besoin de me faire dire que je suis occupée, que je suis dont bonne de faire des sorties seule avec eux, mais plutôt de me faire parler du vécu des gens que je croise, de voir les étincelles dans leurs yeux quand ils me disent qu’ils en ont eu 2-4-5 et que maintenant, ils profitent de leurs petits enfants.

J’ai trois enfants, ouain pis?

Mélanie J.