Je juge, tu juges, nous jugeons

Comme tout le monde, je rêve d’un monde bucolique où tous les parents s’entraideraient sans jugement, mais depuis que j’ai les deux pieds dans la parentalité, j’ai compris que c’était une belle utopie.

Je juge, tu juges, nous jugeons. On a beau se faire croire que non, mais c’est faux.

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Je ne connais pas un parent saint et pur sur toute la ligne. Les autres mamans de ton cours de yoga-bébé ou de ton groupe Facebook sur le sommeil ont beau te dire qu’elles trouvent ça ben correct ce que tu fais avec ta progéniture, mais le soir venu, elles se permettent de dire à leurs chums qu’elles ne feraient clairement pas la même chose que toi.

Et si toi, tu es vraiment, vraiment sainte et pure, je te lève mon chapeau, mais je reste sceptique.

Je crois que le jugement des autres parents est incontournable dans sa propre prise de décision.

Je m’explique. On vit une difficulté avec bébé, on analyse les solutions possibles, on fait des lectures, on demande à des professionnels et bien évidemment, on regarde ce que les gens autour de nous font. Et à ce moment précis, on utilise notre bon vieux jugement pour se faire une tête.

Dans le processus de réflexion, vient inévitablement le moment où je me dis: «Oh que non, je ne ferais pas ça comme mon amie Geneviève, ça ne me ressemble pas pantoute.». Mais tsé, je l’aime Geneviève, et je trouve qu’elle est une bonne mère, mais je la juge pareil. On juge aussi pour se consoler ou se convaincre que notre situation est correcte, voire même ben cool. Du genre, «as-tu vu comme son enfant est tranquille? Ouin, il est même un peu inhibé en fait. La notre est mieux, elle bouge sans arrêt, se pète la gueule aux deux déplacements et s’exprime majoritairement en criant. Ah oui, on est chanceux, on a un bébé plein de vie.»

J’essaie très fort de ne pas être dans le jugement parce que oui, c’est vrai, élever des enfants c’est une question de valeurs, d’éducation, de choix pis de feeling.

Reste néanmoins que lorsque ça arrive, ben je m’arrange pour que la petite voix désagréable n’ait pas de contact avec ma face et surtout pas avec ma bouche. Parce que c’est là que le jugement fait des ravages. Tu peux juger, mais dans ta tête ou bien sur la taie d’oreiller (parce que ce qui se passe dans ton lit avec ton chum c’est supposé pas se rendre aux oreilles des gens qui t’entourent).

Dernièrement, un parent m’a fait comprendre que ma fille de 17 mois avait de mauvaises habiletés sociales puisqu’elle avait eu envie de jouer qu’avec un seul de ses deux enfants. Je me suis sentie super mal pendant le reste de la journée. Je me demandais comment j’aurais pu mieux coacher ma fille. Après un temps, ma rationalité m’a ramenée sur le plancher des vaches. Ma poulette est loin d’avoir des mauvaises habiletés sociales, elle est juste en apprentissage. Pis toé chose, ça te tentes-tu toujours de jaser avec tout le monde dans un party? Non, ben elle non plus.

Je ne lui en veux pas une seconde à ce parent de nous avoir jugés.

Il le faisait sans doute pour se conforter dans sa façon de faire ou pour se convaincre que les habiletés sociales de ses enfants étaient plus développées. Je lui en veux par contre de ne pas avoir dit stop à sa petite voix désagréable.

Dans le fond, ce que je veux te dire c’est: juge, mais juge moins fort s’il te plaît.

Si tu penses que tu peux te permettre de le dire c’est que tu parles à tes amis les plus proches et que vous avez l’habitude de discuter et de débattre de vos points de vue sur la parentalité dans le respect.

Dans tous les autres cas, tu t’abstiens, ok? Merci là. Pendant ce temps-là, je vais travailler sur mon lâcher-prise.

Valérie T-D