La fois où la DPJ m’a téléphoné

J’ai deux garçons. Mon plus vieux n’a qu’un seul rein fonctionnel. On va donc faire des suivis à Sainte-Justine de temps en temps. Cette journée-là on avait un rendez-vous. J’avais laissé mon plus jeune chez mes grands-parents pour que je puisse aller au rendez-vous avec mon plus vieux «tranquille».

La veille nous étions allés souper chez mes parents et il était tombé en essayant de sauter par-dessus la marche qui mène au salon… tsé quand t’as 15 mois et que t’apprends encore à marcher! Il était tombé la face la première dans le mur.

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Il avait évidemment un œil au beurre noir!

On se présente donc à notre rendez-vous de suivi. On rencontre l’infirmière (après plusieurs heures de retard, mais bon ce n’est pas le sujet!) et elle me demande ce qui est arrivé à son œil. Je lui raconte. Je la vois prendre des notes, mais aucune façon de savoir si elle note son poids et sa grandeur ou si elle note qu’il est blessé. On voit finalement l’urologue, qui ne mentionne aucunement son œil et on repart. Avant il faut bien sûr payer notre facture de presque 20$ de stationnement (mais ça non plus ce n’est pas le sujet ahah). Je suis en train de sortir du stationnement quand mon téléphone sonne. Je réponds (j’ai le Bluetooth là, je ne suis pas irresponsable!).

La dame au téléphone se présente en disant qu’elle est de la direction de la protection de la jeunesse.

Elle me demande si je sais pour quelle raison elle me téléphone. Je revois l’infirmière dans ma tête qui prend des notes et je me dis que c’est vraiment très rapide pour traiter une plainte (d’un autre côté tant mieux, si c’était un enfant vraiment en danger, c’est super que ce soit aussi rapide). Pas mal sûre d’avoir la bonne réponse, je lui réponds que je sors de l’hôpital et que c’est probablement l’infirmière que je venais de voir qui avait trouvé louche mon explication de chute. Tout de suite elle me dit que ce n’est pas la nature de son appel, mais qu’elle notait l’évènement. Eh boy, là je me sens comme quand on essaie de faire avoir quelque chose à quelqu’un et qu’il avoue autre chose en bonus. Sauf que là, je n’ai aucune idée de quoi on m’accuse!

La dame me dit qu’elle a reçu une plainte comme quoi mes deux enfants auraient des plaies au niveau de la couche qui ne sont pas bien traitées.

Mise en contexte, mes enfants (comme presque tous les enfants) on fait de l’érythème fessier. On a consulté dès le début puisque la fameuse crème à base de zinc ne faisait pas effet. On a essayé plein de crèmes, pour finalement se faire dire que c’était un champignon. On a donc essayé d’autres crèmes, mais cette fois avec un antifongique, on a vu un dermatologue, essayé une autre crème, vu un autre médecin, etc. Finalement tout avait fini par se résorber (environ un mois avant l’appel).

La dame de demande de m’expliquer. Je lui nomme tous les médecins qu’on a consultés, les crèmes et traitements qu’on a essayés, les dates de début et de fin, TOUT!!

Elle me dit qu’elle voit qu’on a fait ce qu’il fallait et qu’elle laissait le dossier en suspend jusqu’à la prochaine plainte.

Je raccroche.

Je réfléchis.

Mille questions. J’ai mille questions.

Qu’est-ce que ça veut dire «jusqu’à la prochaine plainte»? Qui a bien pu faire une plainte? Pourquoi quelqu’un a pensé qu’on ne traitait nos enfants pas comme il faut?

Ok j’essaie de me rassurer… Si personne ne vient chercher mes enfants, j’imagine que je ne suis pas TANT une mauvaise mère que ça. Qui a bien pu penser que ça valait une plainte à la DPJ?

En discutant avec mon mari, nous avons pensé à l’éducatrice de la garderie que mon fils fréquente depuis à peine 3 mois. Toutefois, lorsque mon mari lui en a parlé, elle était aussi «démolie» que nous en apprenant que quelqu’un avait fait une plainte et elle le rassure en lui disant qu’elle nous en aurait parlé en premier lieu si elle s’inquiétait de quoi que ce soit. Elle qui avait également été témoin des nombreux rendez-vous qu’on avait eus et qui avait participé aux nombreux essais de crèmes (puisqu’elle aussi changeait les couches de notre garçon!). Elle nous offre sa collaboration si nous en avons besoin.

On en a parlé à nos familles et nos amis. Sans accuser personne, juste pour les mettre au courant de ce qu’on vivait.

Le sachant, si quelqu’un s’inquiétait de quoi que ce soit, peut-être la personne choisira de nous en parler à la place la prochaine fois. Quelques jours plus tard, on avait un suivi avec le médecin des enfants et on lui en parlé. Elle nous mentionne que pour faire une plainte en tant que spécialiste, il faudrait qu’elle (ou tout autre médecin/infirmière/etc.) ait constaté qu’on négligeait ou qu’il n’y avait pas de progrès dans la guérison. Elle précise que tous les professionnels qu’on a rencontrés ont vu le résultat lorsque tout a été guéri, donc logiquement ils ne sont pas les coupables non plus. Elle nous dit, elle aussi, que la plupart du temps, il s’agit de plainte faite par quelqu’un de proche comme de la famille ou des amis et que parfois c’est juste pour mal faire et pas vraiment parce que la personne s’inquiète.

Nous n’avons aucun doute sur nos capacités parentales, mais c’est certain que ça reste dans la tête.

Tous les professionnels qu’on a rencontrés nous ont confirmé qu’on a tout fait ce qu’il fallait et que nous ne sommes aucunement dans le tort. Après un an, j’y pense encore chaque jour.

Quelques mois plus tard, quelqu’un de notre entourage a cessé de nous parler. Coïncidence? On ne saura jamais…

P.S. Je tiens à préciser qu’en aucun cas j’en veux aux gens de la DPJ. Ils font leur travail et ils font de leur mieux. Ils ne peuvent pas savoir si une plainte est fondée ou non. J’en veux à quelqu’un, oui, mais je ne suis pas certaine de savoir à qui. Je trouve d’ailleurs déplorable d’avoir fait perdre du temps à ces gens qui auraient pu, à la place, traiter une vraie plainte.

Fanny C.