La mort qui fait partie de la vie, qui fait partie de la mort

Enceinte, je me dis toujours que je perds le contrôle. J’aime cette idée. Ça me fait du bien de faire confiance à la vie, de lâcher prise et de vouloir faire équipe avec cette force surréelle qui permet à la séquence de la reproduction des cellules d’être parfaite et de former un enfant.

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Moi, la fille rationnelle et logique, j’ai cette confiance absolue, un peu aveugle, que la vie arrivera. Malgré tout, j’ai aussi cette conscience que la mort fait partie de la vie et vice-versa.

C’est tabou, ce n’est pas un sujet sexy, mais la mort a aussi fait partie de mon processus de maternité, et du processus de milliers d’autres femmes.

J’ai fait une fausse-couche (précoce) en juin dernier.

En fait, selon ma date prévue d’accouchement de mon bébé espoir que je porte en ce moment, j’aurai mon fils dans mes bras exactement 1 an et 17 jours après avoir pris connaissance de ma fausse-couche. Malgré ma confiance en la vie, j’aurai porté la mort. Non, ce n’était pas un arrêt de grossesse volontaire, non, ce n’était pas une grossesse planifiée non plus. Une surprise inattendue. Un deuil.

Je me conforte en me disant que la vie a choisi pour moi que ce petit être ne voit pas le jour… pour ne pas que j’aie à le faire moi-même. Mon cœur s’est rompu cette journée-là, des larmes, beaucoup de larmes, ont coulé le long de mes joues.

Mais la mort fait aussi partie de mon processus de maternité.

Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé. Au pire, je me répète.

Lorsque mon papi est décédé, je lui ai demandé de m’envoyer deux petits loups.

Il est décédé en avril 2016. Il savait que j’étais en processus de fertilité à cause de mon SOPK. J’ai appris ma grossesse naturelle à ma fête, fin juin. Est née une belle grande fille de ce premier test de grossesse positif À VIE. C’était mon cadeau de fête de sa part. Pour cette grossesse-ci, mon fils est prévu à naître le jour de mon anniversaire. C’est mon deuxième cadeau tant attendu.

Je lui ai parlé quand ma fausse-couche est arrivée. Je lui ai demandé de ne pas considérer cette péripétie. Vous avez compris, il est décédé, mais il aurait voulu que je lui parle, avec des mots simples, comme s’il était à côté de moi, ce que je fais.

Comme il n’y a pas de hasard, je sais que de me donner deux signes de vie pour mon anniversaire est sa façon de me faire comprendre que c’est lui qui m’envoie mes petits loups de là-haut et que tout ira bien.

J’ai envie de croire que la mort, celle de mon papi, m’aura permis d’avoir mes enfants; que la mort et la vie sont interreliées et qu’elles sont indispensables l’une à l’autre.

Marie-Laurence Q.