La pire mère au monde

Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler d’un sujet qui me touche personnellement et dont je me suis rendue compte qu’il est tabou. Quelque chose dont nous ne sommes pas à l’abri, même les meilleur(e)s d’entre nous.

Il y a de cela presque deux ans, je me suis sentie, durant quelques instants (lire semaines et même, mois), la pire mère au monde.

Vivez l'expérience Agatha
En ligne ou en boutiques
Magasiner

Il est arrivé un accident alors que je m’occupais de ma fille. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai beaucoup cheminé depuis le temps. Jour après jour, j’ai appris tranquillement à me pardonner. Je n’oublierai pas, certes, mais j’essaie de ne pas me culpabiliser pour le reste de mes jours.

Les accidents. C’est si facile de juger.

Si facile de dire «si», si facile de dire «moi, j’aurais fait différemment», si facile… Ça nous est à peu près tous arrivé, pas tous au même degré, certains ayant de plus grandes conséquences que d’autres, mais on l’a tous vécu. Et pourtant, presque personne n’ose en parler ou se confier. Parce qu’on sait tous ce qui nous attend. Le regard, les paroles désobligeantes. Comme si l’on avait besoin de cela en plus, comme si ce n’était déjà pas assez de vivre avec ce sentiment qui nous ronge de l’intérieur. «J’aurais donc dû…»

Dans mon cas, c’est arrivé lorsque ma fille avait environ 4 mois.

On revenait d’une fin de semaine en famille je ne me souviens plus trop où (c’est bizarre comme le cerveau humain oublie des détails, mais pas ceux que l’on voudrait). C’était un dimanche. Nous avions un souper à notre retour, dans la famille ou chez des amis. Ma fille ne se traînait pas encore et était encore loin de marcher à 4 pattes. Je devais me changer en prévision dudit souper. Comme je n’ai pas une garde-robe extraordinaire (ou parce que je pars toujours avec beaucoup trop de vêtements), tous les morceaux potables que je pouvais porter étaient dans mon sac de voyage. Mon chum était en train de vider la voiture et la remplir avec ce dont nous avions besoin pour notre soirée. Je me suis donc dirigée vers notre chambre en compagnie de notre fille.

Je l’ai déposée en plein milieu de notre lit. Assez loin pour que si elle bouge un peu, elle ne se ramasse pas trop près du bord. Je me suis penchée vers mon sac, qui se trouvait tout juste à côté, j’en ai sorti un chandail ou un short, je ne me souviens plus trop bien. Je me suis revirée vers le lit et ma cocotte était toujours, tout enjouée, en plein milieu. Je me suis penchée à nouveau pour trouver le morceau manquant.

Et c’est là que je l’ai entendu… BANG!

Il venait peut-être de s’écouler deux secondes. Ma fille avait dû rouler sur le ventre et ne pas aimer sa position, puis rouler à nouveau dans la même direction pour se remettre sur le dos. Mais elle avait atterri au plancher. Elle s’est mise à crier et à pleurer. J’en ai fait tout autant. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai essayé de la consoler.

Mon chum est rentré quelques minutes plus tard, se demandant ce que je pouvais bien faire pour que ça prenne autant de temps. Nous entendant pleurer toutes les deux, il s’est dirigé vers notre chambre. Il m’a demandé ce qui s’était passé. En essayant de ne pas m’étouffer dans mes sanglots, j’ai essayé de lui expliquer qu’elle était tombée en bas de notre lit. Mais c’est en lui tendant notre fille que j’ai vécu l’horreur. Elle ne pleurait plus, mais était toute molle, une guenille, une «poupée de chiffon». Plus aucune réaction. Mon chum et moi nous sommes regardés tous les deux. Il m’a dit de tout lâcher, qu’on partait pour l’hôpital. Tout au long du trajet, j’essayais de garder ma fille réveillée, j’essayais de la stimuler. Le trajet maison-hôpital n’a jamais été aussi rapide et pourtant, il ne m’a jamais paru aussi long. Nous sommes débarqués à l’urgence en panique. Heureusement, quand ils ont vu l’état de ma fille, ils nous ont passés rapidement.

Nous sommes très chanceux. Dans notre cas, tout s’est bien terminé.

Après plusieurs tests de réflexes, la vérification de ses signes vitaux et un vomi en jet, elle est revenue à elle.

On nous a expliqué qu’elle avait peut-être une petite commotion cérébrale, mais qu’elle avait surtout été «sonnée». Nous n’avions jamais eu aussi peur de toute notre vie. Elle est restée sous surveillance pendant quelques heures, puis nous avons pu quitter. Tout s’est bien passé par la suite et ma fille va très bien aujourd’hui. Mais je vous assure, qu’à ce moment bien précis, j’étais convaincue être la pire mère au monde.

C’est en commençant à en parler à quelques personnes de mon entourage que je me suis rendue compte qu’à peu près tout le monde avait une histoire. Pas tous la même, mais chacun avait son histoire dont il n’osait pas trop parler. Et je me suis demandée pourquoi c’était autant tabou. Eh bien parce qu’on vivait tous le même sentiment: la peur. Peur de ce que notre conjoint/conjointe, notre famille, nos amis allaient penser en sachant cela. Pourquoi? Je ne connais pas la raison…

Laissez-moi bien me faire comprendre.

En aucun cas je n’ai volontairement mis la vie de ma fille en danger ou fait preuve d’un manque volontaire de vigilance, comme aucune des personnes à qui j’ai parlé d’ailleurs.

J’ai fait ce que je croyais être le mieux, mais je crois surtout que j’ai simplement été naïve. Vous pouvez être certain que je ne ferai jamais la même gaffe. Alors aujourd’hui, je me pardonne mes erreurs (parce que oui, c’était loin d’être la dernière) et j’espère que vous serez capables d’en faire autant. Peut-être pas dans l’immédiat, mais avec le temps. Un accident, c’est un accident. J’espère aussi que vous serez capables d’en parler, mais surtout, qu’on vous accueillera et vous écoutera sans jugement. Et si vous êtes encore plus chanceux, qu’on saura mettre un petit baume sur votre cœur de parent.

Je ne sais pas si la vie me fera le bonheur de me laisser porter la vie à nouveau. Mais si c’est le cas, je suis désolée mon bébé en pensant à l’idée que tu auras été mon bébé «essai-erreur», mon apprentissage de maman. Et pas seulement pour les choses négatives, mais un peu pour tout. Tu seras celle qui m’aura tout appris, qui aura ouvert les portes (et m’aura ouvert les yeux) pour ceux ou celles et qui te suivront. Je m’en veux. Mais il faut que je me console en me disant que t’auras aussi été la seule à m’avoir juste pour toi. À partager des moments précieux maman-bébé, juste nous deux dans notre petite bulle. Ma chérie, je t’aime.

Kim B.