L’ALLAITEMENT SANS TABOU

Je n’avais jamais vraiment pris part au débat sur l’allaitement en public, même si je ne m’y opposais nullement. Je réalise maintenant que je ne comprenais pas, que je regardais, mais que je ne voyais pas.

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Avant même de concevoir, ma blonde me vantait déjà les bienfaits de l’allaitement.

Je les connaissais depuis bien longtemps, mais je démontrais une certaine résistance comme il s’agissait de mon corps. Je ne voulais surtout pas ressentir de pression, même que je m’étais donné une date d’expiration à l’essai. J’appréhendais aussi les questionnements et commentaires moralisateurs, quelle que soit ma décision. Ayant toujours été interpellée par la défense des droits de chacun et du non-jugement des choix personnels, il était important que ma partenaire me respecte là-dedans, ainsi que toutes les autres mères qui décident de donner le biberon, ayant essayé l’allaitement ou non. Après tout, pouvez-vous différencier les bébés allaités de ceux non allaités à l’âge adulte? C’est quand même drôle quand on pense à quel point les gens se sentent concernés par le sujet quand on a un bébé, alors qu’on n’entendra personne nous poser la question dans la vie de tous les jours.

Surprise, surprise! Ma fille avait déjà trouvé réconfort à mon sein quelques secondes après sa venue au monde.

Elle a suivi son instinct premier et je suis tout simplement tombée en amour. Moi qui avais JURÉ ne jamais allaiter devant personne, simplement parce que j’étais très pudique. Je m’étais dit: j’irai dans les salles d’allaitement, je me couvrirai avec une écharpe pour ME sentir à l’aise. Puis, sans me prendre la tête, j’ai allaité devant quiconque, au moment où mon bébé ne pouvait attendre, elle qui ne comprend pas les malaises issus de nos construits sociaux. Je vous l’avoue, j’étais un peu celle qui sentait l’urgence de regarder ailleurs quand je voyais une femme allaiter. Je me disais: N’AIT SURTOUT PAS l’air de la fille qui fixe et qui regarde son sein à découvert. Je me concentrais tellement à l’éviter que je créais moi-même le malaise que je fuyais. C’est tout le contraire.

Maintenant, je vois un bébé qui se nourrit et qui se sent bien et réconforté, j’ai compris.

Est-ce qu’on vous couvre d’une couverte lorsque vous mangez au restaurant? Est-ce qu’on couvre un bébé qui boit au biberon en public? J’avais déjà entendu des pistes de réflexion de ce genre, mais encore là, ma pudeur continuait de m’habiter et se transposait sur ma façon de voir la beauté de l’allaitement.

À présent que je suis maman, j’aimerais vous prêter mes lunettes et vous dire: ne soyez pas mal à l’aise quand vous nous croisez en train d’allaiter, il n’y a rien de plus naturel.

Ah, et non, nous ne sommes pas à la recherche de qui pourrait bien fixer notre mamelon, nous sommes probablement trop occupées à vivre un ­­moment d’amour pur, sans tabou.

Camille B.