L’anxiété, c’est normal

Ça a commencé de façon subtile. En tout cas, ça doit parce que je n’ai pas vraiment remarqué quand ça a débuté. Les premières fois où mes petites peurs «normales» ont contribué à modifier ma journée, je me suis dit que c’était comme ça pour tout le monde. Oh toutes les nouvelles mamans ne dorment pas de la nuit pour vérifier que leur bébé respire encore! Oh toutes les femmes évitent de sortir en public parce qu’elles se sentent concernées par leur poids après la grossesse! Oh tous les parents évitent les suivis chez le médecin, personne ne veut que son bébé soit malade!

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Des petites peurs qui se sont amplifiées en douce, sans que je réalise ce qui m’arrivait.

Inconsciemment je réalisais que ce que je me disais pour me justifier avait de moins en moins de sens, mais je n’étais pas prête à me l’avouer. Toutes les mamans refusent de conduire avec leur enfants dans l’auto au cas où elles auraient un accident? Toutes les femmes refusent de se regarder dans le miroir pendant des semaines après l’accouchement? Tous les parents évitent de laisser leur enfant de 5 ans dans une pièce sécuritaire de la maison sans surveillance immédiate?

Et un jour j’ai réalisé que mes peurs n’étaient plus toujours liées à mes enfants et que ma vie n’avait plus de sens.

Tous les adultes ont peur d’aller au magasin parce que la caissière va les juger en tant que parents en regardant ce qu’ils achètent? Toutes les femmes textent leur mari 375 fois par jour parce qu’elles ne sont plus capables de faire confiance à leurs propres décisions? Tous les humains ne sont pas sortis de leur maison, n’ont pas parlé à un autre humain qui n’est pas de leur famille immédiate depuis plus de 3 mois?

L’ensemble de ma vie s’était concentrée sur le minimum.

Chaque fois qu’une nouvelle peur apparaissait, au lieu de la confronter, je l’éliminais systématiquement de ma vie. Peur du rejet, du ridicule et du jugement? Parfait, je ne verrai plus personne. Peur qu’il arrive quelque chose à mes enfants? Parfait, ils n’iront plus nulle part où je ne serai pas là pour les surveiller! Peur des accidents, de la maladie, que ma maison prenne en feu quand je n’y suis pas. Parfait, je ne sortirai plus de chez moi. Ma maison, ma prison, le seul endroit où je me sentais à l’abri de la peur constante? Non, même pas. Mes moments de répit étaient de plus en plus courts. Je devais occuper mon cerveau en tout temps pour l’empêcher d’exploser. J’étais prise dans une spirale sans fin.

Au bout de quelques mois, mon amoureux en a eu assez de me voir dépérir.

De force il m’a sortie de la maison et j’ai vu un médecin. Le diagnostic a été rapide et sans merci «trouble d’anxiété généralisé avec agoraphobie». J’étais démolie. Mettre une étiquette sur quelque chose ne le rend pas plus facile à avaler. À ce jour je n’en ai pas parlé autour de moi. J’ai eu honte de ne pas être forte. J’ai eu honte de ne pas être «normale». D’autant plus que c’était mon excuse principale, tout le monde est anxieux. Tu vois ça tout le temps partout des gens qui publient des beaux petits dessins qui expliquent l’anxiété en trois lignes. Pourquoi, si tout le monde souffre d’anxiété, tout le monde n’est pas enfermé dans sa maison les rideaux fermés nuit et jour à réciter par coeur les documentaires qu’ils mémorisent la nuit pour empêcher leur cerveau de réfléchir? Non c’est juste moi? 

Oui, tout le monde a peur des fois, mais non tout le monde n’a pas peur tout le temps.

L’anxiété ce n’est pas une chose à la mode que tu es content de flasher en public, c’est une maladie, c’est débilitant et c’est terrible à surmonter. J’ai eu droit à de la médication et une thérapie à domicile de près d’un an pour être capable de me remettre dans le bon chemin. La vie ne sera probablement jamais facile pour moi, mais au moins j’arrive maintenant à fonctionner.

La santé mentale est à la mode et c’est bien. Mais ça ne la rend pas plus facile à vivre pour ceux qui en souffrent.

Si toi aussi tu souffres et que tu n’oses pas demander de l’aide parce que tu ne veux pas te faire dire: «On sait ben l’anxiété c’est la nouvelle mode de votre génération, c’est comme les TDAH tout le monde à ça maintenant!» (c’est normal que tu te dises des choses comme ça, après tout c’est ça l’anxiété), mais n’hésite plus à en parler à ton médecin s’il vous plaît. Plus tu attends plus tu descends et crois-moi le fond est loin longtemps. Les mamans, on est censée être forte, on est censée ne jamais être malade, avoir cette force mystérieuse qui nous permet de soutenir la charge mentale que les hommes n’ont pas, mais j’ai appris que ce n’est pas faible de chercher de l’aide.

Marie Pier B.