Le deuil, qu’est-ce que c’est au juste?

La notion de deuil est large. Habituellement, on pense à la mort. Le deuil regroupe de multiples pertes; deuil d’une carrière, deuil de la parentalité, deuil d’une amitié. Bref, c’est un cheminement vers un état un peu plus vivable d’une situation X. 

Nous vivons des deuils tout au long de notre vie qui nous font vivre différentes émotions et épreuves, mais la perte d’un être cher est, selon moi, la plus difficile.

Vivez l'expérience Agatha
En ligne ou en boutiques
Magasiner

Mon papa recevait un diagnostic de cancer du pancréas 3 semaines avant mon premier accouchement. Malgré le pronostic assez sombre de ce cancer, je vivais bien comme il faut dans le déni (qui m’a permis de continuer à avancer), ça allait être toute une épreuve, mais mon père allait y arriver. Il allait gagner la bataille. Traitements de chimiothérapie et de radiothérapie afin d’accéder à une opération pour retirer la masse, l’opération, la rémission et l’apparition de métastases au foie et encore de la chimio. Un combat quotidien pour lui et ses proches.

Le déni s’est arrêté après plus d’un an de combat.

La chimio ne fonctionnait plus. Quelques mois à vivre. Le cauchemar. Enceinte de 30 semaines, j’avais l’impression que mon monde s’écroulait, j’allais perdre l’une des personnes les plus importantes pour moi, mon papa chéri.

Nous avons eu de la chance. Nous avons pu profiter de notre dernier temps des fêtes, de moments en famille, mais aussi individuel où nous parlions de tout et de rien, de la mort, de nos souvenirs, du futur. J’ai pu faire la barbe à mon papa toutes les semaines, lui couper les ongles, lui apporter ses repas favoris. J’ai pu pleurer dans ses bras. Nous sommes jamais prêts à dire au revoir, mais c’est un peu plus doux quand on peut le faire sans regret.

Il est venu le jour de son départ. Un départ planifié.

Un départ doux, calme, paisible. Un départ dans la dignité, mais non pas moins douloureux. Deux semaines et un jour avant la naissance de mon deuxième garçon, mon papa nous a quittés.

J’avais une relation privilégiée avec mon papa.

J’ai toujours dit que perdre un de mes parents à un jeune âge était mon pire cauchemar. Je vivais mon pire cauchemar. La perte d’un parent vient avec plusieurs autres deuils. Malgré la présence de mes deux rayons de soleil, chaque jour est un défi. Un aliment, une chanson, un vêtement, une photo, un souvenir, une pensée, un nom dans mes contacts téléphoniques et plus encore, c’est fou comment tout peut nous ramener à cette personne qui n’est plus.

Mon papa a été un papa exemplaire; présent, aimant, dévoué, à l’écoute, impliqué, ouvert pour ne nommer que quelques-unes de ses qualités.

Il a été pour mes nièces un grand’pa tout aussi formidable. L’un de mes plus grands deuils est que mes enfants n’auront pas de grand’pa. Ils n’auront pas cette relation si spéciale que l’on a avec un grand-papa. Une relation que j’aurais tant aimée qu’ils aient. C’est un deuil de voir les gens autour de moi pouvoir offrir cela à leurs enfants alors que ce n’est plus possible de notre côté. C’est le deuil d’une famille «complète». C’est être semi-orpheline. C’est tellement de petites et de plus grandes pertes. C’est un vide immense. C’est apprendre à vivre différemment. C’est être tannée de pleurer. C’est penser aller mieux et « crasher » le lendemain. C’est se raccrocher aux petits bonheurs. C’est trouver la vie terriblement injuste. C’est être reconnaissant d’être en santé.

Être en deuil, c’est tellement personnel à chacun, c’est long et unique. C’est souffrant. C’est avancer de trois pas et reculer de quatre. C’est faire vivre mon papa à travers nos souvenirs…

Marjorie C-H