Le retour à la normale me fait peur

On se lève, vite, on mange et on s’habille pour la garderie. Vite, les enfants dans l’auto avec la fin de leur déjeuner, vite on va à la garderie, un câlin, un bec, et vite au bureau. On fait notre journée de travail, vite on dîne, vite on retourne travailler. Vite on sort, on va chercher les enfants, vite on retourne dans l’auto, vite on arrive à la maison et vite on fait le souper. Certains soirs, on est seul, d’autres on est deux pour s’occuper de la routine. Vite, on met les enfants au lit pour qu’ils aient assez de sommeil et on recommence. La fin de semaine, vite on fait le ménage, les courses, les cours, les sorties avec la famille et les amis. Souvent, nous avons plusieurs événements en deux jours, alors vite on s’habille, on se lave, on se met beaux pour vite profiter des gens qu’on aime et puis vite on recommence.

Vivez l'expérience Agatha
En ligne ou en boutiques
Magasiner

Puis du jour au lendemain, les écoles et les garderies ferment, les commerces aussi, nous ne pouvons plus voir personne et le télétravail devient la clé de la survie de notre travail.

La planète s’est mise en pause. Plus de voyage, on ferme les frontières, on ne peut plus voir les gens qui nous entourent, nous restons dans nos domiciles respectifs avec notre petite famille. Nous apprenons tranquillement à nous y faire, durant 10 semaines nous jonglons entre le télétravail, jouer avec les enfants et la routine du matin qui prend maintenant une heure. Nous ralentissons, tellement nous avons du temps. Du temps pour jouer, du temps pour faire le ménage, du temps pour faire du pain, du temps pour faire des casse-têtes. Il y a des journées simples, faciles durant lesquelles tout se passe bien et d’autres où nous avons l’impression que nous ne passerons pas au travers.

Au début, nous étions déstabilisés, nous passions notre temps à parler à tout le monde, à faire des activités sur internet qui nous donnaient un semblant de vie sociale.

Puis d’une semaine à l’autre, ça s’est calmé, nous avons arrêté de nous sentir obligés d’avoir une vie sociale virtuelle, de toute façon, ce n’est pas la même chose, vraiment pas. Des semaines durant, nous nous sommes couchés tôt et levés au son des oiseaux. Quand nous sommes fatigués, on va se coucher, on ne se force pas à sortir pour faire plaisir à d’autres. Les enfants ne se sentent pas très bien? Journée pyjama. Pas de sieste, nous restons tranquilles. Les enfants ont de l’énergie à revendre? On les laisse courir dans la cour, on se défoule, on danse.

Pendant dix semaines, nous avons déjeuné, dîné et soupé ensemble.

Nous avons fait des casse-têtes, mis sur pied un jardin. Nous avons été obligés de prolonger nos fiançailles, mais ce confinement m’a fait réaliser à quel point nous sommes chanceux de nous être trouvés. Même si nous nous sommes ennuyés de nos proches, nous nous sommes rendu compte à quel point nous sommes bien les quatre ensemble. Nous sommes fiers de ce que nous avons construit ensemble. Nous ne voulons pas perdre tout ça de vue avec la reprise de la vie presque normale.

Heureusement, les appels vidéo laisseront place à des rencontres dans notre cours, mais je ne suis pas prête à retourner à la vie d’avant.

J’ai peur de recommencer à vivre à un rythme effréné et sincèrement, je n’ai plus le goût. J’aime la lenteur de notre nouvelle réalité, j’aime voir des gens en mini groupe, prendre le temps de réellement leur parler. J’aime avoir du temps de qualité à quatre, du temps pour ne rien faire ensemble, se coller devant un film après une journée de travail. J’aime qu’il n’y ait pas beaucoup de voitures sur les routes, que les gens fassent preuve de plus de patience parce qu’ils ont le temps. J’espère être capable de dire non à l’avenir, même à des gens que j’aime, pour nous donner du temps. Le retour à la normale me fait peur, le rythme de vie d’avant me fait peur. J’espère pouvoir continuer à vivre au jour le jour.

Josiane