Le retour des lunchs

La première cloche de l’année sonnera bientôt, signant le retour aux boîtes à lunch et à la perte d’une certaine liberté culinaire, car je dois composer avec les règlements du service de garde: aucune noix ou graines, fruits et légumes frais ou fromages en collation.

J’entame ma cinquième année de mère d’un enfant d’âge primaire et je m’interroge sur le poids des restrictions alimentaires demandées par l’école, soit en raison d’allergies, soit en raison de motifs «santé».

À la maison, mon garçon est allergique à la protéine bovine (ce qui m’oblige à retirer toute forme de produits laitiers, trace de bœuf, veau et gélatine de mon menu) et mon conjoint est allergique au poisson. Retirer graines, noix, protéine bovine et poisson de mon menu, ne me laisse pas beaucoup de marge de manœuvre, le porc étant souvent contaminé (contamination croisée) lors de la coupe. Pourquoi ce ne sont pas seulement les enfants allergiques qui retirent l’allergène de leur menu, comme les Ontariens et la commission scolaire de Montréal?

En Ontario, ils ont voté la Sabrina’s Law, loi nommée en l’honneur d’une adolescente morte d’un choc anaphylactique suite à l’absorption de produits laitiers à la cafétéria de l’école.

Par cette loi, il est exigé que tous les intervenants du milieu scolaire soient prêts et autorisés à intervenir en cas d’incident. Des doses d’adrénaline sont mises à portée de main. Par cette loi, tout adulte est autorisé à administrer l’épinéphrine sans risque de poursuite. En tant que mère d’un enfant allergique, je trouve que cette loi a bien du sens, car elle responsabilise l’enfant et les intervenants plutôt que de donner un faux sentiment de sécurité.  Dès que l’allergie de fiston a été déclarée, on lui disait qu’il ne pouvait pas manger n’importe quoi, il devait venir me voir avec tout ce qu’il voulait porter à sa bouche.

Dès qu’il fût en âge de comprendre, environ deux ans, il proclamait avec fierté être allergique à la protéine bovine et venait me voir avec chaque aliment qu’on lui offrait.

Plus tard, lorsqu’il a commencé la maternelle, je lui ai dit de manger que ce qu’il trouvait dans sa boîte à lunch et son professeur connaissait le problème.  Maintenant, il lit lui-même les ingrédients et vient me consulter lorsqu’il n’est pas certain de la sécurité de l’aliment. Plusieurs produits transformés, tel l’humus, comportent des ingrédients à base de graines ou de noix.  En interdisant les noix ou les graines, on se fit sur la bonne foi des parents et sur le fait qu’ils liront les ingrédients des barres tendres avant de les mettre dans le lunch.

Que faire lorsqu’un enfant a une allergie sévère à un aliment et que même l’odeur peut lui provoquer un choc anaphylactique?

Cette situation se mérite d’être analysée au cas par cas et de trouver une solution avec le parent de l’enfant allergique et les autres parents en leur demandant d’éliminer l’aliment pour l’année.  Il pourrait y avoir des locaux sans poisson ou sans noix où les enfants très allergiques se retrouvent pour dîner.  Réfléchissons-y tous ensemble.

Une autre contrainte qui me dérange est l’obligation de donner des fruits, légumes frais ou fromage pour la collation.

En septembre et octobre, c’est l’abondance des récoltes, les épiceries regorgent d’aliments frais et locaux, mais plus l’année scolaire avance, plus la nourriture doit parcourir de kilomètres avant d’atterrir dans nos boîtes à lunch. Ces aliments provenant d’outre-mer me donnent l’impression d’être aspergés de produits chimiques. Je souhaite montrer à mes enfants à conserver les aliments d’ici plutôt que de compter sur les épiceries.

L’école que mes enfants fréquentent présentement permettent les yogourts à boire de type Yop et les compotes en sac, personnellement, je trouve qu’elle génère beaucoup de déchets.

Ils refusent que les enfants manipulent des ustensiles au moment de la collation pour éviter les dégâts. J’ai essayé les petits sacs réutilisables, mais ils ne sont pas très résistants, ce qui ne fait qu’augmenter mon empreinte écologique plutôt que de la diminuer. Je crois que l’école devrait propager ces valeurs plutôt que nous inciter à acheter des bananes du Guatemala, des clémentines du Maroc, les enfants devraient savoir que des fruits et légumes frais et abordables, au Québec, au mois de mars, ça n’existe pas.

Personnellement, je m’impose une autre contrainte, celle de produire le moins de déchets possible avec les lunchs.

J’apprécie particulièrement la soupe minestrone mise en thermos, accompagné d’un dessert maison, pudding de chia ou muffin, et d’un jus dans un gobelet réutilisable. Savoir que mes enfants ne remplissent pas la poubelle avec leur lunch me rend très fière et cela compense pour le surplus d’ouvrage occasionné par le lavage de sacs réutilisables et de plats.

Tous ces règlements visent à s’assurer de la sécurité et d’une bonne alimentation des enfants, sommes-nous allés trop loin dans la lutte à la malbouffe et à l’obésité?

 

Il est primordial d’enseigner aux enfants l’importance de bien manger, mais est-ce nécessaire de contraindre autant le contenu des boîtes à lunch?

 

Pénélope R.

 

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Pénélope Roberge

À propos de l'autrice

Pénélope Roberge

Mère de deux tornades tropicales et d’un petit ange qui veille sur la maisonnée. Diplômée en création littéraire, Pénélope écrit depuis qu’elle peut tenir un crayon. Elle adore raconter des histoires, réfléchir à la société ou écrire dans ses carnets de voyage.

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