Les intolérances: un mal pour un bien

L’arrivée d’un enfant ça change bien des choses, mais j’étais loin de me douter qu’elle me ferait faire un petit nettoyage de mon intérieur. Dans la vingtaine, je me suis mise à avoir mal au ventre, souvent violemment et sans raison. J’ai consulté. On a fait des tests: repas baryté, prise de sang, échographie, etc. On a fait des essais au niveau de mon alimentation. J’ai même eu droit à des expériences de médication (du genre: on va te prescrire ça. Si ça aide, ça voudra dire que tu as le côlon irritable). Vraiment moyen comme technique pour trouver un diagnostic. Parfois la médecine, c’est random.

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Après quelques années à avoir mal et à chercher, je me suis un peu auto diagnostiquée une intolérance à la levure (genre ce qu’on retrouve en grande quantité dans les bières de micro).

En évitant ces produits, j’avais un peu moins mal.

Et puis j’ai eu ma poulette.

Le premier mois de sa vie a été majoritairement constitué de moments désagréables.

Mon copain vous dirait «Le premier mois, c’était de la pure marde.» Elle se tortillait 24h sur 24. Elle avait le ventre gonflé, elle hurlait dès qu’elle ne dormait pas et on ne pouvait jamais la déposer. Sincèrement, à ce moment-là, on ne comprenait pas pourquoi les gens faisaient des enfants.

Les gentilles infirmières te disent que c’est son système digestif qui n’est pas mature et que tout est normal. Et là, tu te mets à comparer ta situation avec celle de tes amis parents et tu sens un bon écart. Et tu comprends que ça ne va pas du tout quand les gens te disent de profiter de ces instants précieux et que tu as un peu envie de leur arracher la tête.

Notre médecin nous a crus. Prescription d’antiacide et rendez-vous en nutrition.

Enfin, on allait nous aider. J’avoue que la première fois qu’on m’a nommé qu’elle pouvait être intolérante aux protéines bovines, j’ai pas mal nié.

«Ben voyons! Je bois pas de lait (à part dans le café), on ne consomme pas de bœuf et je dois prendre un morceau de fromage par semaine tout au plus.» La gentille nutritionniste nous a sorti la grande liste des noms bâtards qui veulent dire «lait»: caséinate de calcium, caséinate de sodium, alpha-lactalbumine, bêta-lactoglobuline, etc. On a fait les bons élèves et on a tout coupé. Je me disais qu’on allait leur prouver que c’était pas ça qu’elle avait notre fille! Je gossais donc ben…

Les premières semaines, j’avais l’impression que je ne pouvais plus rien manger. Il y a du lait et du soya dans tout (oui, on devait aussi couper le soya en plus du lait. Ils font la paire ces deux-là.) Il y a du lait dans les saucisses, dans les vinaigrettes, dans la charcuterie, dans les craquelins, dans la majorité des produits transformés, en fait. J’ai eu quelques journées dépressives. J’avais faim et avant même de me chercher une collation je me mettais à pleurer, certaine d’être condamnée à une absence de choix. Les hormones post accouchement y étaient peut-être aussi pour quelque chose…

Mais, magie! Au bout de quelques semaines, la poulette semblait mieux (ça peut prendre un bon moment avant de ne plus avoir de protéines bovines dans les entrailles).

La procédure voulait qu’on réintègre les produits laitiers et le soya pour valider l’intolérance. Ça a tellement été clair. Fromage pour souper: le lendemain, bébé en pleurs. Graines de soya en collation et hop, bébé en méga douleurs.

C’était ça, il n’y avait pas de doute.

Si je voulais poursuivre l’allaitement, j’allais devoir prolonger mon régime d’éviction (ça porte bien son nom).

J’étais un peu fâchée. Ça n’aurait pas pu être plus simple. Les beaux plats que la famille m’avait concoctés allaient brûler au congélo.

Puis, on m’a suggéré un livre numérique sur le sujet des intolérances. Merci à une ancienne collègue d’université d’avoir décelé mon désarroi sur les réseaux sociaux. «Sans lait ni soya, Régime d’éviction pour l’allaitement» de Sandra Griffin. Oh! Que cette lecture m’a fait du bien. Il y avait même des listes d’épicerie et des recettes en annexe. Elle avait fait l’exercice de trouver LA seule et unique sorte de craquelin qui ne contient pas de lait et de soya, LE seul pain tranché, LA sorte de margarine et bien plus.

Et tranquillement, on s’est habitué. On est même devenu bon. Plus question d’acheter des aliments transformés, on cuisinait tout. Nous ne pouvions même plus aller au resto. On s’est mis à visiter les petits commerces des alentours, la boulangerie et la boucherie, parce que beaucoup plus facile de savoir ce qu’il y avait dans leurs produits. On a aussi découvert le lait d’avoine, de loin mon lait de substitution préféré.

Ce changement d’habitudes de vie a tranquillement nettoyé notre corps. Plus aucun mal de ventre, jamais.

Quand ma poulette a décidé que l’allaitement était chose du passé, j’ai eu envie de consommer du fromage (c’est pas mal ce qui me manquait le plus dans les produits laitiers), mais mon corps n’avait pas du tout envie de s’y remettre. Même en réintégrant les choses tranquillement et en petite dose, ça ne fonctionnait pas. J’avais mal au ventre à chaque essai.

Au final, c’est peut-être un peu dommage de ne plus manger ce que je veux, mais mon bedon et sûrement tout mon système s’en portent mieux. Et le papa a subi le même sort. On est rendu une famille d’intolérants et c’est bien correct comme ça. On est une famille en santé qui carbure aux bons aliments finalement.

Valérie T.D.