LETTRE À LA T.S. DE LA DPJ

Il y a 2 mois, je publiais le texte «Des blessures et une valise».

Presque au même moment, je recevais votre désolante réponse. Dans ma famille de 3 enfants (de 3 à 9 ans) il y a déjà trop d’agitation, d’imprévisibilité et de responsabilités. Vous ne nous trouvez donc pas suffisamment calmes et disponibles pour nous occuper d’un enfant de la DPJ comme foyer d’accueil en voie d’adoption. J’ai partagé ma peine dans cet article «Les meilleurs parents sont ceux qui n’ont pas d’enfants».

Puis, pour clore ce sujet, sur ce blogue, mais pas dans mon cœur, j’ai eu envie de vous écrire à vous chère travailleuse sociale qui fait de son mieux, avec la meilleure des intentions. J’ai eu le goût de vous partager ma déception, de vous dire que malgré tout mon respect pour vos compétences, je demeure convaincue que vous avez tort.

Je comprends parfaitement le besoin d’apaisement et de temps qu’ont les bébés de la DPJ. Cependant, je ne connais aucune formule mathématique qui permette de calculer les moments dont dispose une personne pour un même enfant.

Ça dépend évidemment du nombre de gamins qu’elle a déjà et des besoins de ceux-ci. Mais, il y a tant d’autres variables. D’abord, tous les adultes ne possèdent pas autant d’heures dans une journée. (Mon conjoint et moi dormons 6 heures par nuit, d’autres en dorment 9). Certains sont plus efficaces et organisés que d’autres. Il est aussi question de priorisation. J’ai beaucoup sorti dans la vingtaine; maintenant, j’ai juste envie de moments avec les miens.

Je pense que la parentalité échappe à toute formule mathématique.

Tout nouveau parent se sent complètement débordé. Dernièrement, au CPE, j’ai entendu le papa d’un second garçon affirmer que tout est plus facile avec un deuxième. Et pourtant, le grand n’avait que 2 ans. Lors d’activités pour enfants, de nouvelles mamans me font parfois la remarque que j’ai l’air plus calme avec 3, qu’elles avec un seul.

Et si les compétences parentales se développaient avec l’expérience?

J’ai aussi la certitude que le temps va dans tous les sens. Il doit se partager entre chacun de nos enfants. Mais il se multiplie aussi grâce aux gamins précédents. Grâce à tout ce qu’on a gagné: l’habitude, la confiance en soi et en ses compétences parentales, la capacité à faire fi du jugement des autres (et à rester de glace devant les crises de bacon en public), les connaissances (sur le développement de l’enfant, sur le type de famille que nous sommes, sur les activités et services offerts dans le quartier), la force de notre couple et de l’équipe que forme celui-ci (dans notre cas, il a déjà été éprouvé par 3 beaux-enfants, 3 bambins communs et un ange né sans vie), le réseau social (ressources et parents environnants à qui demander aide et conseil), la résilience (même si on l’aime plus que tout au monde, notre gamin ne sera jamais aussi parfait que dans nos rêves… Et nous non plus). 

À la DPJ, on ne cesse de me dire que 4 enfants c’est énorme. Je suis d’accord! Je ne voudrais pas de quadruplés! Je n’y arriverais pas! Je ne désire qu’un bambin supplémentaire dans une maisonnée harmonieuse où les 2 adultes sont hyper investis. C’est un rêve partagé par nous 5. 4 enfants, ça détonne un peu, mais lorsqu’on y pense, c’est le même ratio qu’une personne seule avec 2 gamins. Et encore! À deux, il y a quelqu’un avec qui ventiler quand tout va mal. Avec 4 enfants pour 2 adultes, l’un des parents peut plus facilement se permettre d’accompagner le cadet à l’hôpital, de s’isoler avec lui, d’aller à des suivis régulièrement, etc.

J’ai la conviction que le temps se multiplie avec l’amour, l’adaptation, les connaissances… Mais jamais je n’aurai la chance de le démontrer. Car vous avez recommandé au comité décisionnel la fermeture de mon dossier.

Aucun appel n’est possible. Même si je déménageais dans une ville où une famille désirant adopter est perçue positivement, il serait trop tard. Le jugement est tombé, et sans appel.

Je savais que cet éventuel petit pouvait partir au bout de quelques mois, si ses parents biologiques faisaient ce qu’il fallait pour le récupérer. Je savais que c’était un risque. Vous me l’avez répété souvent pendant le long processus. On aurait eu le cœur en miette, mais on lui aurait donné une montagne d’amour pendant son séjour, on se serait gavé de souvenirs…

Je ne pensais pas que je serais refusée d’emblée, que je ferais partie de cette minorité de gens inaptes à accueillir un bébé de la Banque Mixte.

À la dernière comme à la première entrevue, vous m’avez précisé que c’était très rare qu’un projet soit refusé. Vous m’avez répété ça quelques minutes avant qu’on ne quitte votre bureau pour une dernière fois, quelques jours avant que vous ne recommandiez au comité de fermer notre dossier. Juste avant l’échec, juste avant une fin initiée par vous. Difficile à comprendre!

Malgré tout, je n’y peux rien.

Il n’y aura pas de quatrième!

Mais à ce point-ci, je peux qu’espérer me tromper. Le mieux est de souhaiter que vous ayez raison, que la très grande majorité des candidats à l’adoption soient plus aptes que nous à accueillir un gamin, à le rendre heureux, que la grande majorité des adultes sans enfant qui se soient présentés aient de meilleures compétences parentales que les nôtres.

À ce stade-ci, me reste plus qu’à observer la place vacante dans mon jardin et m’y résigner péniblement.

Regarder pousser mes petits trésors et rester persuadée que cette décision est bien triste, pour le gamin comme pour nous. Que le bonheur germe vachement bien chez nous! Continuer à me dire qu’être maman demeure ce que je fais de mieux et être fière de l’amour qu’on se porte tous les 5 et du chemin parcouru par chacun. Continuer malgré ce constat que je trouverai toujours injuste.

À ce moment-ci, je peux juste espérer me tromper.

Par amour pour ce bambin que je ne connaîtrai jamais. Je souhaite que vous ayez raison. Je ne le pense pas, mais je le souhaite. Pour que ce petit coco qui le mérite tant ait la meilleure seconde famille possible.

Mélissa M.