L’HOMOPARENTALITÉ: EN FINIR AVEC LES TABOUS

Aujourd’hui, nous vivons dans une société où l’individu est libre de ses choix et de son identité plus que jamais. Avec cette émancipation du modèle familial traditionnel, les couples homosexuels fondent maintenant leur propre famille.

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Pour cet article, j’ai eu envie de laisser la place à des personnes qui vivent vraiment l’homoparentalité, j’ai voulu les laisser s’exprimer sur la question.

J’aurais pu écrire un article sur mes impressions, mais les vrais sentiments ne peuvent être relatés que par des personnes dont c’est la réalité. Les questions ont été choisies en fonction de ce qu’elles entendent comme remarques et commentaires au quotidien. Pour ma part, je ne fais pas de distinction entre des parents hétérosexuels ou homosexuels, l’important c’est d’aimer l’enfant, veiller à sa santé et sa sécurité, peu importe le sexe ou l’orientation sexuelle.

Je vous présente donc mon amie Marie et sa conjointe Alicia. Marie et moi sommes amies depuis plus de 22 ans. Nous n’étions que de toutes petites gamines de 8 ans quand nous nous sommes connues. On a traversé beaucoup de choses ensemble. On s’est vu grandir, passer de petites filles à femmes. Voici donc, sans aucune retenue, les questions qui nous viennent le plus souvent sur les couples homosexuels qui décident de fonder une famille.

1: Marie, toi tu as déjà vécu la maternité, car tu as d’abord été en couple avec un homme et eu 2 beaux enfants. Aujourd’hui, tu accompagnes ta conjointe dans sa grossesse, comment te sens-tu dans l’autre rôle?

Marie: Lorsque j’ai eu mes deux premiers enfants, j’étais dans un contexte de vie hétérosexuelle. J’avais toute la place comme parent, comme mère. Le papa me suivait dans toutes les décisions en lien avec mes grossesses. J’étais celle qui était enceinte, celle qui les sentait grandir en elle, qui ressentait chacun de leurs mouvements. J’avais le rôle où j’étais en plein contrôle. Maintenant, je suis celle qui accompagne: tout un chamboulement pour moi! J’ai dû m’adapter, mais surtout lâcher prise! Ma conjointe a sa propre façon de vivre sa grossesse. Elle a sa vision des choses en ce qui concerne la façon d’élever un enfant et sait se faire entendre. Il a fallu nous adapter, nous écouter et, essentiellement, apprendre à communiquer. Ça ne veut pas dire être toujours d’accord, mais respecter l’autre dans ses décisions, même si elles sont différentes de ce que moi j’aurais choisi dans le contexte où cela aurait été moi qui portais l’enfant. Je me sentais surtout bousculée par le fait de passer de mon vécu de parturiente à celui d’un rôle jusqu’ici inconnu pour moi. Je ne pensais pas qu’autant de questions et d’inquiétudes se présenteraient. J’ai eu peur de ne pas aimer cet enfant autant que mes deux premiers, la peur que cet enfant ne crée pas un lien aussi fort avec moi. Rassurez-vous, plus de peur que de mal, car je suis déjà énormément attaché à ce bébé et je l’aime de tout mon cœur même si elle n’est pas encore née. J’ai créé et solidifié le lien avec ma fille à naître quand j’ai lâché prise sur mes peurs et que j’ai simplement laissé toute la place à l’amour dans notre couple et notre famille.

2: On entend souvent qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman pour bien se développer et évoluer et qu’il doit absolument avoir une figure paternelle dans sa vie. Comment voyez-vous cet aspect-là?

Marie: Dans la société d’aujourd’hui, nous sommes rendus avec plusieurs types de familles. Il y a les familles nucléaires, homoparentales, monoparentales, reconstituées, etc. Un enfant a besoin d’un ou de parent(s) aimant(s) et disponible(s) pour se développer harmonieusement. Le sexe, l’orientation ou la culture des individus n’auront pas de conséquences négatives sur l’enfant si les parents sont bien investis dans leur rôle et qu’ils ont à cœur le bien-être, la santé et la sécurité de leur(s) enfant(s). Nous sommes toutefois conscientes que notre enfant aura besoin de figures masculines dans sa vie et, heureusement, nous sommes bien entourées.

3: Puisque dans votre couple c’est Alicia qui porte l’enfant, considères-tu devoir prendre le rôle qui est donné au papa en général?

Marie: Comme dans n’importe quel couple, Alicia et moi sommes deux personnes à part entière. Nous allons donc apporter un bagage diversifié à notre enfant. Nous nous considérons comme deux femmes égales et comme deux mamans. Je ne cherche pas à me camper dans le rôle de papa. Je suis une maman. De nos jours, les pères vont prendre des rôles typiquement féminins tels que faire le ménage, la cuisine et les mères peuvent se lancer dans la rénovation. Si un homme reste à la maison pour s’occuper des enfants et que c’est la femme qui va travailler, ça ne fait pas de lui une mère et pas d’elle un père. Le rôle parental, c’est plus qu’une question de sexe.

4: Quelles ont été les réactions de vos familles respectives?

Marie: Du côté d’Alicia, tout le monde était content et attendait ce moment avec impatience. De mon côté, ce fut différent parce que nous avons gardé le secret sur nos démarches d’avoir un bébé. Pour mes grossesses précédentes, je tenais ma famille proche au courant de mes démarches donc elle s’y attendait. J’ai eu mes deux enfants dans un contexte de vie de couple hétérosexuel. Mes enfants étant rendus à 8 et 9 ans, ils croyaient que pour moi, ma famille était terminée et que j’avais ajouté Alicia à ce qui est devenu notre famille. Quand je leur ai annoncé que nous attendions un enfant, ça les a vraiment pris par surprise. Ils ne pensaient pas que je sauterais de nouveau dans l’aventure de la maternité et de la parentalité avec Alicia. Ils ont dû s’adapter à ce nouveau tableau, cette nouvelle famille de cinq que nous allons devenir. Pour sa part, Alicia s’est toujours présentée comme homosexuelle depuis ses 15 ans. Ce n’était pas un choc pour ses parents contrairement à moi qui en avait 25 quand je leur ai annoncé. Nos amis ont pour leur part tous bien réagi. Nous n’avons eu aucun commentaire déplacé, seulement des encouragements et de la bienveillance.

5: Pour terminer, on entend souvent aussi des gens dire que les enfants de parents homosexuels seront gais, qu’en pensez-vous?

Marie: La réponse est simple: non. Avez-vous peur que vos enfants deviennent hétérosexuels? S’ils sont hétérosexuels, ils le seront. S’ils sont gais, ils le seront. Pour notre fille, ça ne changera rien. Ce n’est pas génétique non plus. Tous les parents de mes amies homosexuelles sont hétérosexuels. Il peut y avoir des exceptions comme dans tout, mais je ne crois aucunement que l’orientation sexuelle des parents influence celle de leur enfant.

C’est ainsi que je termine ma petite entrevue avec Marie, avec la participation de sa conjointe, Alicia. Je les remercie pour ces pistes de réflexion qui, j’espère, aideront à en finir avec les tabous autour de l’homoparentalité. J’ai tenté de poser les questions que plusieurs n’osent pas poser.

Pour ma part, elles sont deux personnes merveilleuses, ayant plein d’amour à donner à une petite cocotte qui sera privilégiée de les avoir comme parents. Je suis convaincue que cette enfant sera comblée de bonheur et d’amour, que ses parents veilleront merveilleusement bien sur elle et qu’elle se sentira toujours comprise. Un beau parcours l’attend près de ses mamans, de son frère et de sa sœur. 

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