Maman est malade

Je ne suis pas à l’hôpital, rien de grave ou incurable.

Maman a une mauvaise grippe.

Je suis dans un bain chaud et tous mes muscles me font mal, je tousse creux, j’ai la tête dans un étau et les sinus complètement bouchés. Je ne pourrai pas rester indéfiniment dans mon bain et je le sais. Je suis bel et bien consciente qu’éventuellement je vais devoir me sortir de là, dès ma sortie de la salle de bain (encore étonnant de ne pas avoir entendu de «Mamannnnnnnnnnn» derrière la porte déjà…) tu me sauteras dans les jambes pour une activité, un câlin, une lecture de livre ou toutes ces réponses à la fois…

Malgré mon absence complète d’énergie, je devrai m’exécuter avec le sourire.

Même si papa fait tout ce qu’il peut pour te garder avec lui, pour te tenir occupée, me laisser une petite pause, c’est plus fort que toi ma chérie, je le sais…

Je voudrais que ta sieste soit longue pour que je puisse rester au lit plus longtemps, je voudrais que le repas se passe sans bruit parce que ma tête va exploser, j’aimerais de tout coeur que mes pilules me guérissent à la vitesse de la lumière.

Avant que tu arrives, quand je pognais ma grippe annuelle, maman se permettait de prendre une journée de congé, je dormais la moitié de la journée en sirotant un thé ou un bon bouillon de poulet.

J’me mouchais en chialant ma vie. Papa me faisait un bon souper et le soir il me frottait le dos avec un baume à l’eucalyptus. J’étais pourrie-gâtée dans mon lit avec mon iPad.

Ma mère disait souvent: «J’ai pas le temps d’être malade». Je la comprends maintenant.

J’voudrais être toujours optimale, avoir les batteries chargées à bloc et sans lacunes. Mais c’est pas ça la réalité.

Maman va te bercer collée-collée dans notre chaise berçante, on va se partir un bon film de Noël avec des petits bonhommes. Je vais te faire une belle bouteille de lait et moi un thé que je boirai probablement froid. Avec une doudou. Pis ça va être ça. Au «yâble» le temps d’écran pour aujourd’hui ok? Il en va de ma survie. Papa va pouvoir préparer à manger tranquillement. Et avec un peu de chance, on sera endormies toutes les deux rapidement.

Demain, j’irai «mieux». Demain, on jouera à la dînette, on ira au parc et faire du coloriage sur la lune s’il le faut… mais là, maman a besoin de récupérer.

Je me mets tellement de pression, je culpabilise d’être malade! Je CUL-PA-BI-LI-SE d’être malade! Voyons donc! Comme si je l’avais fait exprès! Je veux être Superwoman au travail, à la maison, avec toi. Je m’essouffle à vouloir être «donc tu su’a coche»! Mais dans le fond c’est pas bon! C’est complètement toxique de ne pas se permettre de respirer, de « s’effouerrer dans l’sofa, de prendre le temps de regarder le temps. Parfois.

Si on se permettait de recharger nos batteries plus souvent?

Sans Montessori, sans habits qui fittent, sans repas plus sains que les saints des saints, sans timer d’écran, sans pression et diktats de société, d’Instagram ou de familles.

Et si on se permettaient d’être plus humains, plus balancés, plus en harmonie, plus vrais et imparfaits, peut-être que maman tomberait pas malade et toute brisée comme ça?

Qu’est-ce que tu en penses ma fille? Des journées «hygges» en pyj.

Au sourire que tu me fais, j’pense que t’es bien d’accord avec moi.

 

Natalia L.

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À propos de l'autrice

Natalia Leduc

Passionnée et pétillante maman d’une petite croquette d’amour de juin 2020. Natalia est une artiste-pédagogue, comédienne et dramaturge; son nouveau chapeau de mère l’a submergée d’inspiration! Suivez ses aventures, ses craintes, ses questionnements le tout teinté d’humour et d’émotions.

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