Oui, j’ai peur d’accoucher

Donner la vie, que c’est beau! Après des heures éprouvantes de travail, nous voilà récompensées par le plus beau des cadeaux: un bébé pleurant à pleins poumons! La douleur passée n’est plus qu’un vague souvenir lorsque l’on pose notre regard embué de larmes de joie sur notre poupon!

La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on.  

Une chance, parce qu’autrement, il n’y aurait que des «enfants uniques» sur la planète!

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Avant d’accoucher de ma fille, mon premier bébé, je n’avais pas vraiment peur d’accoucher. L’inconnu me submergeait et je faisais pleinement confiance au personnel soignant. Ce premier accouchement s’est passé sans encombre et ma petite cocotte de 8 lb est venue égayer ma vie à tout jamais.

Donc, avant d’accoucher de mon deuxième, je n’avais pas du tout peur d’accoucher.

J’avais même hâte. Hâte de revivre ce moment fort qu’est la première rencontre. Le premier contact peau à peau. Ce moment extraordinaire pendant lequel le mot «douleur» n’existe plus, laissant sa place à l’amour inconditionnel que peut porter une mère à son enfant. Certes, on m’annonçait un gros bébé, mais tout le monde me disait que les échographistes se trompaient toujours. Même mon médecin était persuadé que j’allais, dans le pire des cas, avoir un gros bébé de 9 lb. Et puis, j’avais déjà mis au monde une poulette de 8lb. Rien d’alarmant, donc.

Qu’est-ce qui pouvait mal tourner?

Beaucoup de choses, en fait.

Mon grand gaillard s’est présenté en position postérieure. Autrement dit, il regardait vers mon ventre plutôt que vers mon dos. Lorsqu’il a voulu pointer le bout de son nez, c’est effectivement la première qu’on a vue de lui puisqu’il a voulu sortir face première.

Lorsque sa tête et une première épaule étaient sorties… il est resté coincé. Pendant 57 secondes; c’est ce qu’on appelle une dystocie de l’épaule.

Une armée d’infirmières est arrivée en courant dans la minuscule pièce. On a poussé sur mon ventre alors que l’épidurale ne faisait plus très bien son travail. On est allé chercher mon bébé manuellement.

C’était une véritable question de vie ou de mort; ils n’avaient pas le choix de me faire vivre ce calvaire.

Quand mon garçon est finalement sorti, il ne pleurait pas. Mon gros bébé de plus de 10 lb chignait et tremblait, traumatisé par sa propre naissance. Pendant quelques minutes qui ont semblé être des heures, ce n’est pas seulement de l’amour que j’ai ressenti, mais de la peur. Mon conjoint aussi, d’ailleurs.

«Est-ce qu’il va bien? Est-ce qu’il est correct?», ai-je demandé plusieurs fois aux infirmières.

Puis, j’ai pleuré. De peur d’abord, de soulagement ensuite. Mes larmes de joie sont arrivées bien après. Accoucher n’était plus exclusivement synonyme de joie pour moi.

Est-ce que c’était le pire accouchement possible? Non et j’en ai bien conscience. En revanche, c’était le pire que j’aie vécu.

La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on.

En mai dernier, je suis tombée enceinte pour une troisième fois. C’est un autre beau grand garçon qui viendra compléter notre belle grande famille en janvier ou en février. Mon dernier accouchement n’étant qu’un lointain souvenir, j’étais loin de m’imaginer anxieuse à quelques semaines du grand jour.

La mémoire est une faculté qui oublie, dit-on. Dans mon cas, j’aurais plus tendance à dire que c’est la faute du déni tout ça.

Au moment d’écrire ces lignes, je suis enceinte de presque 35 semaines. Je passerai une échographie à 36 semaines pour savoir si j’attends un autre énorme bébé. C’est en tout cas ce que croit mon médecin obstétricien. Peut-être même aurais-je une césarienne planifiée…

Ce qui fait que depuis peut-être deux ou trois semaines j’ai peur.

De plus en plus peur. Malgré la hâte de rencontrer ce petit garçon qui gigote énergiquement dans mon bedon, j’ai peur d’accoucher. Pas d’avoir mal, mais plutôt que quelque chose tourne mal.

Oui, j’ai peur d’accoucher… encore.

Et vous, avez-vous ou aviez-vous peur d’accoucher?

La Mère Commère

Blogue: merecommere.com