PAPA SERA EN RETARD… ENCORE

«Ma chérie, tu peux retirer tes chaussures et aller jouer, il n’arrivera pas tout de suite. Papa sera en retard…»

Je me retiens pour ne pas dire… encore. Mais quand je vois ton regard de grande fille de 7 ans qui attend son père qui devait passer la prendre depuis une heure…

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Je sais que toi aussi tu le penses. Eh oui… ENCORE.

Le cœur me fend en deux quand je te vois retenir tes larmes et me fausser un sourire. Tu ne veux pas que je me fâche contre lui, donc tu fais comme si de rien était et tu vas jouer sans y mettre d’intérêt. Comme si tu voulais seulement t’occuper les mains.

En attendant, je t’invite à faire une partie de ton jeu de société préféré, on planifie nos repas de la semaine prochaine et on prend même le temps de lire une histoire collées. Mais après que l’aiguille de l’horloge ait fait un second tour, tu me demandes de te laisser seule. Tu sais lire maintenant, tu veux le faire comme une grande. Alors je sors de ta chambre quelques minutes. Je sais bien ce qui se passe réellement dans ton petit cœur. Je sais pourquoi au fond… Tu veux être seule.

Alors je te donne quelques minutes qui me semblent interminables.

Puis je reviens te voir. Tu es dans ta cachette secrète. Celle que je t’ai construite pour que tu sois à l’abri de ton petit frère quand tu le trouves trop tannant (par chance, lui est encore trop jeune pour se rendre compte du temps qui passe et qu’il est en retard… encore). Cette fois-ci, je vois bien que tes larmes ont débordé. Tu me laisses te prendre dans mes bras. Tu écoutes les défaites que j’essaie de trouver à ton père afin de te protéger de toute cette peine. Ma tête aurait envie de le traiter de tous les noms, mais mon cœur de maman préfère te réconforter avec douceur en atténuant tes larmes. Je commence d’ailleurs à manquer d’excuses pour lui et tu prononces une phrase que je n’aurais jamais voulu t’entendre dire: «Il a toujours des choses plus importantes à faire que de passer le plus de temps possible avec nous.» J’ai l’impression qu’un 53’ vient de me passer sur le corps tellement cette phrase me fait mal. À quel point je croyais te duper!

Comment ai-je pu croire que tu ne te rendais pas compte…

J’ai regardé dans tes grands yeux gris, tu as regardé dans les miens de la même couleur et tu m’as remercié d’être ta maman. Pardonne-moi ma chérie. J’aurais voulu trouver les mots afin de changer ta pensée. Afin que tu saches que ton papa t’aime, parce que malgré tout, je sais que ton papa vous aime énormément.

Malheureusement, il vous aime mal et s’aime davantage. Et ça, ça ne se dit pas à une petite fille de 7 ans.

2:30 plus tard, les larmes sont sèches et le cœur un peu moins lourd. Ça sonne à la porte. Tu accours dans les bras de ton père. Comme s’il était arrivé à l’heure. Comme si la peine n’avait jamais existée. C’est normal, deux jours c’est trop vite passé pour que tu aies envie d’avoir de la peine en sa présence. Tu te dépêches de remettre tes souliers tout en racontant ta semaine à la va-vite. Tu es prête à partir. Tu me fais mon câlin, je te dis que je t’aime et que tu vas me manquer. Je vois ton regard me demander de me taire sur ce qui s’est passé. Ne t’inquiète pas mon amour, je garderai ton secret. Et je serai là pour toi encore… Quand il sera en retard la prochaine fois…

Anonyme