Porter au dos trop tôt = danger

Vous avez sans doute déjà remarqué que lorsqu’il est question de portage au dos, les esprits s’échauffent rapidement et que les discours deviennent souvent contradictoires. Par exemple, si vous parlez à une porteuse européenne, elle vous dira sans doute qu’il est possible de porter au dos dès la naissance, alors qu’une monitrice nord-américaine vous parlera de l’importance d’attendre que bébé ait acquis certaines capacités avant de le mettre au dos.

Mais alors, qui dit vrai?

En fait, personne n’a entièrement tort, mais personne n’a entièrement raison non plus. Ce beau discours (que l’on voit à répétition sur les réseaux sociaux) manque en fait cruellement de nuances! L’industrie du portage ergonomique en est encore à ses premiers balbutiements, si on la compare à d’autres produits pour bébés (poussette, etc.). En conséquence, elle est en constant développement et est le reflet des pratiques de ses « adeptes ». Malheureusement, et bien qu’on observe un changement à ce niveau depuis quelques mois, peu de personnes sont « formées » à titre de monitrices ou de consultantes en portage, ce qui fait que l’information qui circule n’est pas encore standardisée à l’échelle mondiale.

La fragilité du nouveau-né

Porter un nouveau-né, c’est porter un être très fragile, qui n’a pas la capacité de se positionner comme il le souhaite, quand il le souhaite : il dépend de nous pour la majorité de ses mouvements. Il faut donc être très alerte lorsque l’on porte un aussi petit humain, que ce soit en portage ventral ou dorsal. Évidemment, le portage au dos pose un risque plus grand que le portage ventre à ventre, vous en conviendrez. Le support qu’offre le porte-bébé, et qui permet de maintenir l’enfant dans une position sécuritaire et confortable, est donc primordial!

Les faits concernant le portage (ventre, hanche, dos)

Tout porte-bébé confondu, on peut d’abord mettre en lumière les faits suivants :

–          La majorité des incidents (asphyxie positionnelle, blessures, chutes, etc.) survenus en portage a eu lieu alors que l’enfant porté était âgé de 4 mois ou moins.

–          Ces incidents sont principalement survenus alors que l’enfant n’était pas assez mature sur le plan du développement physique pour protéger lui-même ses voies respiratoires.

–          Les raisons les plus souvent retenues pour expliquer de tels incidents sont :

  •  L’utilisation d’un porte-bébé non adapté à l’âge/la taille/le développement de l’enfant porté.
  • Le manque ou l’absence de soutien de la colonne vertébrale et du corps de l’enfant porté.
  • La mauvaise utilisation du porte-bébé (qui va à l’encontre des recommandations du fabricant).

 (Pour plus d’informations sur ce sujet, nous vous invitons à lire cet article : Porter au dos)

Quelques faits sur le portage au dos

Pour être porté au dos de manière sécuritaire, un enfant doit être en mesure de pouvoir se repositionner par lui-même, advenant le cas où il s’affaisse ou si sa position en vient à compromettre sa respiration.

  • On considère qu’un enfant est capable de se repositionner seul lorsqu’il démontre un contrôle du tronc suffisant pour passer par lui-même de la position couchée à la position assise.
  • Cette capacité confirme qu’il aura également la force nécessaire pour se repositionner pendant son sommeil, au besoin (ce qui n’est pas le cas d’un enfant qui « se tient assis » sans s’être lui-même mis dans cette posture).

L’asphyxie positionnelle (le fait de souffrir de difficultés respiratoire ou d’un manque d’oxygène dû à notre positionnement) peut survenir en l’espace d’une minute seulement, parfois moins.

  • Un bébé qui est en situation d’asphyxie positionnelle pourrait gigoter légèrement ou tousser, voire ne pas réagir du tout. La majorité des parents pourraient percevoir ces mouvements comme une simple tentative de repositionnement, si l’enfant est porté au dos et donc, difficilement visible ou accessible pour le parent.

Les enfants de moins de 4 mois, les prématurés et les enfants ayant un faible poids de naissance sont davantage à risque d’asphyxie positionnelle en portage et en conséquence, ne devraient pas être portés en position dorsale, quel que soit le mode de portage choisi.

Les porte-bébés de type préformés (structurés, avec clips, etc.) n’offrant pas un support adéquat aux enfants qui n’ont pas la capacité de se repositionner seuls, il n’est pas recommandé de les utiliser pour le portage dorsal, tant que l’enfant n’a pas entièrement acquis cette capacité.

  • Les plus grands fabricants de porte-bébés préformés font eux-mêmes des recommandations à cet effet (Tula ne recommande pas le portage au dos avant 12 mois, pour vous donner un exemple). Voir notre article sur le sujet

Certains moyens de portage (par exemple, l’écharpe tissée), lorsque correctement utilisés, permettent un meilleur soutien du corps de l’enfant et offrent de plus grandes possibilités d’ajustements et de réajustements.

  • Un porteur expérimenté qui utilise une écharpe tissée ou un Mei Tai en choisissant un portage dorsal haut, à plusieurs couches et suffisamment soutenant, pourrait voir les risques d’asphyxie positionnelle diminués s’il est très attentif à son enfant et qu’il réajuste son portage fréquemment (on parle toujours d’un enfant qui n’est pas encore capable de se repositionner seul).

Pourquoi toutes ces différences culturelles alors?

En Europe, l’écharpe tissée est beaucoup plus populaire qu’en Amérique du Nord, où le préformé tend à être le premier choix des parents. Comme l’écharpe tissée offre un soutien et des possibilités d’ajustement nettement supérieurs, il est normal que les recommandations (en général) sur le portage au dos en bas âge soient « moins sévères » qu’elles ne le sont au Canada.

Porter trop tot danger
Un portage qui manque de soutien, avec un bébé trop jeune pose un risque pour les voies respiratoires. On ne voit plus bébé, et celui-ci risque davantage de s’affaisser, parce qu’il se retrouve sur la partie plane du dos du porteur.

En fait, lorsque l’on réfère à toutes ces fameuses recommandations, que l’on soit de l’Europe, du Canada ou d’ailleurs, on devrait toujours donner TOUS les faits :

–          Pour savoir quand on peut commencer à porter au dos, il faut d’abord évaluer l’expérience du porteur, le type de porte-bébé choisi, l’âge et les capacités développementales de l’enfant porté, ainsi que les activités que le porteur souhaite pouvoir faire en portage.

–          Il faut ensuite considérer les risques d’une telle pratique, toujours en fonction des points énumérés précédemment, et déterminer si certains éléments ou facteurs pourraient contrer ces risques, ou au moins les atténuer.

–          Il faudra donc pour finir que le porteur prenne une décision éclairée, en connaissant à la fois les avantages et les inconvénients de cette pratique, en fonction des choix qui s’offrent à lui.

Ce n’est donc pas tout blanc ou tout noir et ça ressemble bien souvent à du cas par cas… d’où l’importance d’obtenir une information juste et à jour, notamment par l’entremise d’une monitrice de portage certifiée.

Note importante : Attention à « l’âge »!

On vous donnera souvent un « âge » comme indicateur de la capacité de votre bébé à être porté de telle ou telle manière. Bien que ce soit un repère facile à mémoriser et à généraliser, il ne faut pas oublier de le nuancer un peu. En effet, tous les bébés de 4 mois n’ont pas les mêmes capacités! Certains adoptent encore une position naturellement regroupée (« grenouille ») alors que d’autres écarteront naturellement les jambes. Certains auront une excellente maitrise de leur tronc et de leur cou alors que d’autres, pas du tout. Un bébé né prématurément, lorsqu’il atteindra l’âge de 4 mois, ne sera clairement pas rendu aux mêmes stades développementaux qu’un bébé de 4 mois né à terme.

Ce sont des informations qu’il vous faudra considérer, lorsque vous serez prêts à prendre une décision, par rapport au portage au dos!

Et vous, quand et pour quelles raisons avez-vous décidé de débuter le portage au dos?

Photo 1 : americanpregnancy.org

Photo 2 : modernbabywearing.com