Post-Partum à retardement

Je suis lente. J’ai eu mes premières règles à 15 ans, mon premier bébé à 33 ans et le dernier à 44 ans. Je suis constamment en décalage avec la norme. Je porte mes enfants pendant 42 semaines, ou jusqu’à ce que la médecine s’en mêle.

Je suis lente. Même mon post-partum traîne de la patte avant de venir à notre rencontre.

C’est comme ça chaque fois.

À leur naissance, je vis une intense lune de miel avec mes poupons. Au quatrième bébé, je devrais le savoir que je vis cette extase sur du temps emprunté. Je suis consciente qu’un jour, les nuits blanches vont me rentrer dedans et que la lassitude d’avoir les bras (et les seins) constamment occupés va me gagner. Je le sais que tout le stress accumulé par la grossesse, les risques, l’accouchement ainsi que vos petits bobos de bébés vont m’épuiser la tête et le cœur. Je vis mon quatrième trimestre de grossesse sur un boost d’ocytocine comme je vivais mes fins de sessions sur un boost d’adrénaline. Aucun étudiant universitaire n’est malade pendant la semaine d’examen de décembre. Malgré les virus, la fatigue et toute la junk qu’on ingurgite. La déesse de la procrastination nous offre sa protection afin que l’on puisse réaliser tous les travaux de session en 7 jours. Faut rien prévoir le 24 décembre par exemple! Le réveillon risque de se passer à l’intérieur du pyjama à pattes reçu lors du dernier échange de cadeaux. On risque de troquer le cocktail aux canneberges contre une tasse de NéoCitran.

Je vis mon quatrième trimestre de grossesse avec cette même énergie qui me permettait de survivre aux fins de sessions.

Je me gave de tout ce qui concerne la périnatalité depuis une douzaine d’années. Enceinte ou pas. Pour le boulot ou pour la marmaille. J’ai beaucoup entendu parler des 40 jours de cocooning maman-bébé nécessaires au corps après l’accouchement. De l’aide qu’il fallait demander. Des activités que je devais cesser. Quarante jours pour prendre soin de mon périnée, de ma sangle abdominale et de mes cicatrices.

Mais moi, quand j’expulse un être humain, que je jette à la face de la vie un individu en construction, je suis envahie par un sentiment de toute puissance.

Je me transforme en Super Women…La Super Women du foyer, entendons-nous! Je combats rien d’autre que la poussière, les cheveux gras, les couches jetables, les devoirs bâclés et les mets congelés …Tout ça après avoir porté et éjecté 4 kilos de vie, en allaitant 8 heures par jour et en dormant quelques minutes à la fois. Je me sens heureuse et épanouie. La nouvelle maman qu’on voit juste dans les films…est chez nous! Mais 6 mois plus tard, la Super-Women-du-foyer se décompose.

Une fois le trésor sorti du coffre, je ne veux plus entendre parler de périnée, d’hormones et d’utérus! J’ai juste le goût de redécouvrir le monde avec toi, blotti contre ma poitrine. Replonger dans mon quotidien avec mon dernier chef-d’œuvre enfoui dans mon chandail de portage. Te présenter la vie et te donner l’opportunité d’y goûter maintenant ou de te cacher entre mes seins, pour y revenir plus tard. Tu es le quatrième. Dès mon deuxième bébé, je me suis promise de prendre ça plus mollo. Pourtant, à chaque fois, j’ai vite repris mes activités : bénévolat avec poupon en portage, piscine avec les enfants, grand ménage, etc.

Les premières semaines, le cri du corps est inaudible, masqué par tes pleurs, par l’admiration des proches, par l’euphorie de la rencontre. Mais après…

Après quelques mois, mon corps et ma tête ne savent plus taire leur inconfort. Pis je braille. Pour tout. Pour rien.

Dès que la porte se ferme. Dès que je me retrouve seule avec toi. Je poursuis mes activités. Parce que je n’ai plus le choix. Mon chum a repris le travail. La vie a repris son cours. Je retrouve mes rôles de cuisinière, d’éducatrice, d’animatrice, d’amie, de citoyenne impliquée…Alouette!

Dehors, je souris. Comme si de rien n’était. Parce que rien n’est. La vie m’a offert le plus beau des cadeaux, et je ne suis même pas capable de lui sourire en retour.

En dedans, les larmes coulent pour rien. Et il n’y a rien à faire.

Aucune source à tarir. Juste attendre que le temps passe, que les hormones se restabilisent.

C’est épuisant de prendre soin de quelque chose d’aussi fragile que le bonheur. D’en prendre soin jour et nuit.

T’en fais pas! Maman le sait que la vie est bonne avec elle. Je savoure toute la chance que j’ai de t’avoir dans mon existence. C’est juste un petit brin d’amertume. Ça passe toujours. En attendant, on va se coller, on va prendre soin de nous.

Melissa M.

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À propos de l'autrice

Mélissa Meunier

Maman de trois gamins de 5 à 10 ans et la volonté de devenir famille d’accueil, Mélissa est directrice d’organisme communautaire depuis 12 ans, belle-maman de 3 beaux adultes, bientôt mamie et «mamange» de 3 espoirs envolés: la parentalité articule son quotidien avec passion et dévouement.

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Isabelle Caillé25 juillet 2022

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