Premier accouchement: mon cauchemar devenu réalité

Te rappelles-tu à quel point j’avais peur d’accoucher? (Lire ici) Et bien attache ta tuque. Ça va aller vite.

Parce que ça s’est rapidement mal passé.

3h43 du matin, je perds les eaux dans ma salle de bain sans savoir que c’est exactement ça qui se passe. J’ai mal au ventre. J’ai mal au dos. J’appelle à l’hôpital pour me faire confirmer ce que je devine déjà; le travail commence.

Oublie les contractions aux cinq minutes. Les miennes sont déjà aux trois minutes. Mon chum court à gauche, puis court à droite pour ramasser le stock et remplir l’auto. Moi, je suis plantée debout dans le corridor, pliée en deux, immobilisée par la vague de douleur intermittente.  

5h30. Un tour d’auto inconfortable plus tard, je suis dans ma chambre d’hôpital à Joliette. Atmosphère détendue sur l’étage désertique. Mon chum dit des niaiseries entre deux contractions. J’ai mal, mais ça se tolère facilement. Dilatée à 3 cm, on attend que mon corps s’adapte pour la prochaine étape.

8h00. Dilatée à 8 cm. Effacée à 90%. L’épidurale est commandée et une tonne d’endurance aussi. Ça va vite. Ça fait mal. Beaucoup plus mal qu’au début. Couchée. Debout. En petit bonhomme. À quatre pattes. Encore couchée. Je ne sais plus comment me placer. Je crie tellement j’ai mal, mais je le fais inconsciemment. 

8h30. Les infirmières se multiplient. Elles étaient deux, elles sont maintenant cinq. L’anesthésiste apparaît (enfin) avec l’artillerie lourde. C’est l’heure de la péridurale. Premier essai. Deuxième essai. Troisième essai. Pas facile de rester tranquille quand les contractions sont maintenant aux trente secondes. Même avec trois infirmières qui t’immobilisent en position fœtus. Changement de plan. Je suis assise en petit bonhomme sur le bord du lit, toujours retenue par les trois abeilles vêtues de bleu. Quatrième essai. Cinquième essai. C’est fait! Je me laisse tomber lentement dans les bras de l’anesthésie régionale. 

9h30. La douleur a disparu depuis peu. La gynécologue vient de faire son entrée dans la pièce. Justement, j’ai une question. Le mal est parti, mais je sens que ça pousse très fort dans mon bassin, est-ce que c’est normal? Froncement de sourcils de sa part.

Elle m’examine et m’annonce ce que je n’ai jamais su. Mon bébé est en siège.

Revirement (très rapide) de situation parce que mon garçon ne s’est jamais retourné. Ironique, quand même! 

Accouchement par voie naturelle ou césarienne?

L’oeuf ou l’enveloppe? À moi de choisir. Croisement de regards entre mon chum et moi. Brève décision commune, sans mots. Va pour ce pourquoi mon corps est fait; on choisit la voie naturelle.

9h45. Rien ne va plus. Le moniteur indique que la contraction est montée, mais que l’intensité ne redescend plus. Le coeur de mon bébé fait une chute impressionnante. De 150 battements par minute, il passe à seulement 50 battements.

Qu’est-ce qui se passe? 

Ça bourdonne à plein régime dans la pièce. Tout le monde tente de ne pas céder à la panique. Moi, je suis définitivement la moins apte à le faire. Mon chum, lui, fait semblant d’être zen à l’autre bout de la pièce. On me roule d’un bord. Déroule de l’autre. À quatre pattes, encore. Puis, roule à nouveau. Aucun changement. La position du bébé ne change pas. Son rythme cardiaque non plus. J’entends la phrase qui change le cours des choses. 

«Pourquoi y’a deux solutés?»

Stop. La fourmilière s’arrête. Les regards se figent, s’entrecroisent. Ça sent pas bon. Ça sent pas bon du tout. «C’est du…». Pito-quoi? Je sais pas, mais c’est pas bon. Pas bon du tout. Les sept professionnels de la santé se parlent en codes. Je comprends rien. Mon chum me regarde avec le même point d’interrogation dans le regard que moi. La gynéco m’examine une dernière fois, puis lance sa décision finale et immédiate.

Césarienne d’urgence. 

10h00. Panique générale dans la fourmilière médicale. J’entends une infirmière booker la salle d’opération. On bouge mon lit. On enlève le deuxième soluté, le coupable. On habille mon chum en kit d’infirmier. On me dit qu’on a plus le choix, qu’il faut faire vite. 

Le corridor est vide. Les portes sont ouvertes. Tout le monde court en poussant mon lit. Direction salle d’opération. Les néons défilent sous mes yeux. Je pleure. J’ai peur. On m’attache sur la table. Les bras en croix. La gynécologue tente d’écouter le coeur de mon bébé avant de débuter. Silence radio.

Un drap est installé au-dessus de mon cou. Je ne vois que le tissu bleu dressé devant mes yeux, l’anesthésiste à ma gauche et l’inhalothérapeute à ma droite. Je me perds dans le regard de celle-ci. Le maître de la péridurale m’informe.

Je comprends qu’il me donne l’anesthésie à l’instant et que l’opération sera terminée avant qu’elle ne fasse effet. 

Attendez. QUOI?!?! 

Trop tard pour assimiler l’information. Le scalpel coupe, déjà. Les mains fouillent. Ça pousse. Ça tire. La péridurale masque la douleur, mais je sens tout ce qui se passe malgré tout. C’est plus fort que moi, je hurle. Je pleure. Je crie encore. J’ai peur.

La césarienne semble durer une éternité à mes yeux. On sort enfin mon garçon de là. Je ne le vois pas et, surtout, je ne l’entends pas. Une seconde éternité avant que je ne l’entende enfin pleurer et qu’on me dise qu’il respire, que son coeur bat, et qu’il va bien. Mon fils va bien. 

10h18. Tom est né et il va parfaitement bien.

Mon chum, qui m’entendait crier depuis le corridor, entre enfin dans la salle. Il m’embrasse et se sauve avec notre enfant ainsi que les infirmières pendant que le médecin répare les peaux cassées.

Une salle de réveil pendant 1h30. Puis me voilà dans ma nouvelle chambre. Je peux enfin voir mon amoureux accompagné de notre fils. Mon accouchement terrorisant me semble déjà loin derrière moi quand je prends Tom dans mes bras, pour la première fois, et que nos regards se croisent, enfin. 

6 heures et 35 minutes. C’est le temps que ça aura pris. De la perte de mes eaux jusqu’à la naissance de mon premier enfant. Certaines diront que ce fût le plus beau jour de leur vie. Pour moi, ce fut le plus effrayant, déroutant et imprévu, mais surtout le plus important et ô combien mémorable. 

J’avais tellement peur d’accoucher, mais j’étais loin de m’imaginer une telle suite des choses.

Au bout du compte, l’important, c’est que tout est bien qui finit bien, non?

Kim L.