Prof : Mon dernier cri du cœur…

Aujourd’hui, c’est le 14 février. Jour de St-Valentin, célébration de l’amour et pourtant, j’ai le cœur serré. Je suis arrivée chez moi à 17h30, juste à temps pour le souper. Après avoir couché mes enfants, leur avoir amené leur 2e verre d’eau, j’ai commencé à regarder Facebook. Ben oui! Comme maman, tu connais sûrement ça, Facebook…

On peut aussi l’appeler le «vidangeoire des frustrés!».

Ah oui, je suis prof et là, j’invente des mots. Libre à vous de me flageller! De toute façon, c’est la mode ces temps-ci, de crucifier les profs sur la place publique. Combien de fois j’ai vu des parents écrire ce qui c’était passé durant la journée de leur enfant en demandant l’opinion d’inconnus? Vous est-il venu à l’esprit que peut-être votre enfant ne racontait qu’une petite partie de ce qui c’était passé? Que, peut-être, il racontait son récit selon SA perception (tsé, la perception d’un enfant de 6 ans) ou encore pire, qu’il mentait?

Je dois vous avouer, par contre, que lire toutes ces méchancetés, ces mots parfois cruels m’ont fait réaliser à quel point j’ai des parents d’élèves incroyables!

Jamais, et je ne dis bien jamais, un parent est passé par la direction avant de s’adresser à moi. JAMAIS un parent n’est arrivé avec ses gros sabots pour me parler. J-A-M-A-I-S. Est-ce parce que je suis une meilleure enseignante que toutes celles qui se font lancer des pierres sur les réseaux sociaux? Non. Savez-vous combien de fois mes collègues et moi aurions pu appeler la DPJ si on croyait tout ce que les enfants nous racontent? Vous seriez horrifiés de savoir tout ce qu’on sait, ou du moins ce que votre enfant nous raconte. Par contre, je suis maman. Je sais très bien qu’un enfant peut mentir, envelopper la vérité à sa manière, omettre certains faits ou simplement avoir une idée fixe et ne pas en démordre. Ça n’en fait pas un mauvais enfant… C’est un enfant qui apprend. Pourquoi certains parents ne sont-ils pas capables de mettre cela en perspective? Attention, je ne dis pas qu’il n’y a pas de pommes pourries dans ma profession. Heureusement, elles sont peu nombreuses et vous seriez malchanceux de tomber sur l’une d’entre elles.

Le but de ce texte n’est pas de me lancer des fleurs, mais plutôt de faire comprendre à plusieurs ce que les profs font…

Savez-vous que la plupart des cadeaux de Noël, fin d’année et autres sont payés par le prof, et non l’école? Savez-vous que plusieurs jouets et livres viennent de la maison de l’enseignant ou qu’il est allé quémander de vieux jouets auprès de sa famille ou de ses amis? Savez-vous que plusieurs de mes collègues, même après 15 ans de carrière, n’ont toujours pas trouvé l’équilibre dans leur vie? Qu’ils négligent leur famille en allant travailler les fins de semaine pour créer des activités stimulantes pour vos enfants, alors qu’ils pourraient passer du temps avec les leurs? Savez-vous que parfois, nous travaillons avec une clientèle difficile, des enfants qui nous frappent, nous griffent, nous mordent? Malgré tout, nous continuons notre journée avec le sourire.

Pour ceux qui se le demandent : oui, nous les aimons, ces enfants-là.

Ces enfants difficiles, impulsifs, qui nous font mal physiquement et verbalement. Ces enfants qui, dans les dernières années, m’ont fait me questionner… Est-ce que je suis faite pour ce travail? Il me semble qu’on ne m’avait pas prévenue que je me ferais traiter de «grosse vache», de «crisse de conne», de «tabarnak»… On ne m’avait pas prévenue qu’un élève en crise me donnerait des coups de pied et que j’aurais des ecchymoses sur les tibias. On ne m’avait pas prévenue qu’on me grifferait au sang… Malgré tout, je les aime, ces enfants-là. Ils sont mes élèves, je les aime, je les respecte. Je passerai plus de temps avec eux cette année qu’avec mes enfants. C’est le cas de plusieurs enseignants… Pourquoi est-ce que les parents de ces enfants n’ont pas plus de respect pour la personne qui passera plus de temps qu’eux avec leur enfant cette année? Qui se donnera corps et âme à préparer des activités, à tenter de les motiver, à les faire grandir…

Bref, ça sent la panique et on crie «pénurie de profs» partout au Québec… 25% des enseignants quittent la profession dans les cinq premières années.

Récemment, nous avons eu une rencontre syndicale et notre déléguée nous disait que plusieurs enseignants quittent après 15-20 ans de carrière. Ce qui n’existait pratiquement pas il y a 10 ans est fréquent aujourd’hui. Lorsque je discute avec mes collègues et amis d’autres commissions scolaires, vous savez ce qui ressort? Outre le programme de plus en plus lourd (allô, éducation à la sexualité!), la clientèle parfois difficile, il y a les parents… Vous voulez garder vos enseignants? Avoir des gens qualifiés qui ont choisi cette profession devant la classe de votre enfant? Il n’y a qu’une solution : parlez-leur. Vous avez un problème avec leur façon d’enseigner : parlez-leur. Votre enfant vous rapporte un fait qui vous empêche de dormir paisiblement le soir? Parlez-leur. N’allez pas vidanger vos émotions sur Facebook Je vous promets que nous, enseignants, vous écouterons. Peut-être que certains seront sur leurs gardes, trop usés par les commentaires plates et négatifs, mais ils vous écouteront. Je vous promets qu’un enseignant n’est pas une personne qui veut nuire à votre enfant.

Promesse de prof.

Enseignante anonyme

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Anonyme Agatha

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