Quand récolter 1 oz devient une victoire

«T’as des p’tits seins» «Tu veux pas te faire refaire les seins?»

J’en ai entendu beaucoup comme ça. Entre toi pis moi, t’es qui pour juger de quoi on l’air mes seins?

Mais comme moi, toi qui a le jugement facile, tu manques sûrement d’informations: personne n’a la science infuse, je ne t’en veux presque pas.

À la naissance de ma fille, au-delà de la fierté, des émotions et du bonheur que j’ai connu en devenant mère, j’ai appris à ajouter un terme dans mon vocabulaire:  l’hypoplasie mammaire.

Hypopla-quoi!?

Il aura fallu 31 ans, et que je devienne maman pour que quelqu’un m’annonce que je suis atteinte d’hypoplasie mammaire, un sous-développement des glandes mammaires.

Tu vas surement me demander «c’est quoi ça l’hypo-machin?»

Grosso modo: les glandes mammaires ne se sont pas suffisamment développées pendant mon adolescence. 

Tu vas me dire: «Ok, et qu’est ce que ça engendre?»

Grosso modo:  des petits seins (ah oui, tu l’avais remarqué), déformés dans certains cas, et un manque de lait primaire.

Bref, tu vis dans des bonnets B pendant des années (ça, disons qu’on s’y fait) et tu ne peux pas nourrir ta fille à sa faim comme tu l’avais prévu (c’est là que ça devient plus compliqué) 

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Pour moi l’allaitement c’était naturel, une évidence.

Mais après 3 jours de vie de ma fille, ma sage-femme m’a annoncé la nouvelle: «Tu ne pourras sûrement pas l’allaiter exclusivement, et ta production sera très courte»

Bam! Le verdict est tombé. 

Y’a pas un fichu médecin, gynécologue, qui a été capable de me le dire? Il aura fallu attendre que j’accouche pour qu’on en parle. Une chance que les sages-femmes ont de très bonnes connaissances, et un savoir-faire hors du commun (et je me demande encore pourquoi on ne les reconnaît pas plus dans leur pratique parce qu’elles sont extraordinaires). J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés des femmes exceptionnelles.

Est-ce que ça aurait changé quoi que ce soit de le savoir quand j’avais 20 ans? 

Probablement pas puisqu’on ne peut rien faire à cette condition. Il n’existe pas de remède miracle. Mais ça m’aurait peut-être évité quelques années de complexes, et surtout ça m’aurait préparée au fait que l’allaitement n’aurait pas été si simple pour moi. J’ai pris pendant un mois un traitement de Dompéridone, j’ai noté consciencieusement les durées des tétées, jour et nuit, j’ai exprimé mon lait dès que je pouvais, une activité que j’ai fièrement appelée: «Quand récolter 1 oz devient une victoire» j’ai été mise sur la liste d’attente de la clinique d’allaitement de l’Hôpital Général Juif. J’attends toujours leur appel…

Bref, j’ai travaillé fort pour que ma cocotte ne manque de rien. Ça n’a fonctionné que quelques semaines, mais je suis fière de l’avoir fait. 

Alors, au détour d’une conversation avec ton meilleur ami, ta voisine, ta cousine ou ton beau-frère, si la taille des seins de quelqu’un vient à vous faire rire, sache que derrière son petit bonnet, se cache sûrement une maman un peu triste.

Et vous, comment s’est passé votre allaitement?

Justine L.