SE NOYER DANS LA DEUXIÈME VAGUE

Assise seule à la table de la cuisine, je regarde mon déjeuner. J’entends les enfants rire et s’amuser dans la pièce d’à côté. Mes yeux sont pleins d’eau. Aucun barrage ne retiendra mes larmes de couler. C’est plus fort que moi. La peine qui m’envahit ces temps-ci me perturbe, m’enrage et me choque à la fois. Pourquoi cette déprime quotidienne?

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Les arcs-en-ciel sont loin derrière moi, mon monde de licornes a volé en éclats.

J’ai beau utiliser la pensée positive, imaginer toutes les situations pires que celles que je vis: impossible de retrouver le sourire si facilement. Que voulez-vous, je suis égoïste et en ce moment je ne pense qu’à mon bonheur et à tout ce qui manque pour le combler.

Je suis convaincue que pour plusieurs, cette deuxième vague n’est qu’une légère oscillation dans leur vie, mais pour moi, elle frappe fort et m’emporte au loin.

Et à entendre les commentaires autour de moi, je ne dois pas être seule à me sentir aussi désemparée…

En mars, je voyais le positif d’être en famille, de vivre une petite pause en dehors du temps, de profiter des moments présents. Mais 7 mois plus tard, mon moral commence à trouver la vie dure. C’est bien beau des arcs-en-ciel, mais parfois, il faut aussi un peu de soleil sans pluie.

Pour moi, cet évènement qui ne finit plus apporte son lot de petites conséquences, bien banales chacune à leur façon, mais qui finissent par ajouter un poids qui m’attriste constamment. Mon conjoint (travailleur autonome et seul revenu de la famille) voit ses revenus diminuer avec une clientèle qui a peur et qui préfère faire des réserves monétaires au cas où un autre confinement arriverait. Mes enfants sont bouleversés par les différentes règles imposées: ils se perdent à travers les changements, confrontent les règles et tentent de comprendre (avec leur naïveté et leurs peurs) ce qu’ils peuvent de la situation. Ils se sentent isolés d’une partie de la famille qui est hors de notre région, leurs habitudes de vie leur manquent. Les câlins qui étaient si importants ne peuvent même plus être distribués. Mon garçon pleure le soir, car il n’a pas pu jouer avec son amie qui n’est pas dans sa classe.

Leurs émotions sont déboussolées, leur énergie est empreinte des peurs et des frustrations des adultes et moi, je me sens démunie face à leur attitude qui reflète (malheureusement) mes propres émotions.

Je me sens seule chez moi… La distance me sépare des gens que j’aime et ces zones de couleur créent un fossé encore plus grand! Je me sens impuissante face aux besoins de mes parents qui sont trop loin. Cette distance qui ne m’a jamais dérangée me paraît maintenant immense.

La frustration des gens (en personne et surtout sur les réseaux sociaux) face à cette situation, leur agressivité et leur manque de jugements me perturbe. Où sont passés l’entraide, le goût de partager et de se sentir unis?

Bref, la situation est-elle que je ne vois pas les prochaines semaines avec autant de positif qu’au mois de mars. Toutes mes belles petites habitudes, ma classique routine «pépère» que j’aimais bien, tout s’est métamorphosé et je suis incapable de m’accrocher à cette «nouveauté» qui me déplaît. Je ne suis pas du genre à aimer le changement, mais cette fois, ce changement est un peu trop abrupt.

Je sais que certains vivent des moments encore plus pénibles et je compatis avec vous. Passer à travers un cancer complètement seul ne doit pas être de toute beauté non plus; avoir la chance de mettre au monde un enfant sans pouvoir partager cette joie avec ses parents, perdre son emploi ou voir le rêve d’une vie s’écrouler, être séparé des gens qu’on aime par un océan…

En ce moment, la vie est dure pour tout le monde, chacun avec nos habiletés nous surfons sur cette vague. Parfois, il nous suffit d’un petit coup de pouce pour éviter la noyade.

Un gilet de sauvetage comme un conjoint formidable, une belle-sœur attentionnée, un coup de fil de nos parents, un petit moment de bonheur juste pour nous… Notre santé mentale est importante, nous devons trouver le petit quelque chose de magique qui nous permettra de planer au-dessus de cette vague.

Pour moi, des petits moments d’attention comme un câlin de petits bras potelés, un «Je t’aime maman», un souper déjà préparé ou une période de détente seule avec moi-même sont mes alliés contre cette déprime.

Pour éviter de m’enfoncer plus loin et afin de revoir flotter mon sourire dans le miroir, je prends le temps de verbaliser, d’écrire ce qu’il se passe dans ma tête et mon cœur.

Tous ces bouleversements, personne n’y était préparé. Nous surmontons tous cette vague. Alors si nous étions tous unis en mars, pourquoi ne le serions-nous pas encore? L’important est de ne pas tout garder à l’intérieur en se croyant seul au monde, il faut évacuer, chacun à notre façon et trouver un nouvel équilibre pour ne pas exploser comme un volcan.

Et vous, que ferez-vous pour surmonter la vague?

Nathalie L.