Techno-dérangeant

Dernièrement, je suis allée voir un spectacle de musique. Le genre de show qui se produit une fois tous les dix ans, car l’artiste en question vient rarement à Montréal. Tu peux donc t’imaginer que j’avais hâte, vraiment hâte. D’autant plus que depuis la naissance de mon petit dernier en juin dernier, je suis maman à la maison presqu’à temps plein de trois, avec un conjoint travailleur autonome, ce qui fait que les loisirs se font plus rares, disons.

Alors voilà, on planifie notre soirée du mieux qu’on le peut, deux mamans au cube, sans notre marmaille, excitées comme des puces de revoir CE chanteur qu’on aime d’amour depuis nos 16 ans!

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Ça fait onze ans qu’on l’attend ce show-là! Tassez-vous de d’là, on est en feu!

Comme toute bonne soirée Mom Alone, des imprévus, il y en a, mais rien ne m’empêchera d’assister à ça! Donc, on se retrouve le jour «J», au Centre Bell, à chanter et taper du pied comme s’il n’y avait pas de lendemain lorsque tout à coup, on croise la route d’une bête saugrenue, quasi indésirable.

Un spécimen qui, de par sa nature à vouloir vivre SON moment présent, à vouloir assouvir son goût prononcé pour le plaisir instantané, peut se faire envahissant un brin…

Je ne parle pas de raton laveur, ni de souris ou d’écureuil.

Je te parle ici de genre humain. D’une génération en particulier. La génération selfie…

Je dis génération ici, mais le «seflie-ô-saurus» n’a pas vraiment d’âge, ni de classe sociale.

C’est plutôt une façon d’être à laquelle tu colles peu importe l’âge que tu as, d’où tu viens, ce que tu fais dans la vie…

Cette petite bête se confond parfaitement dans le paysage urbain, jusqu’à ce qu’un événement la fasse particulièrement vibrer. C’est alors que l’individu dégaine une extension de son bras appelé «téléphone intelligent». S’ensuit alors une enfilade de poses sous tous les angles possibles, cheveux sur le côté, derrière, sur l’autre côté, langue sortie, clin d’œil, sourire en coin, complet, avec des dents, pas de dents, main sur la hanche, mains croisées devant, derrière, bref, tu vois le tableau?

J’en reviens à mes moutons. Nous sommes là, à écouter un artiste passionné et on tripe fort! Mais ni l’une ni l’autre n’arrivent à profiter pleinement du moment à cause du show qui se déroule en parallèle sur les sièges à côté de nous.

Il y a tellement de photos, selfies, de vidéoconférences avec des gens assis dans leur salon (VRAIMENT? Tu es RÉELLEMENT en vidéoconférence avec pas une, ni deux, mais bien TROIS personnes qui sont ailleurs pendant ton show?) que nous détournons constamment le regard du spectacle sur la scène.

Difficile de faire autrement, l’œil est attiré par la lumière. Je vous le jure, je me sentais comme une mouche autour d’une ampoule allumée par une chaude soirée d’été.

Au bout d’un certain temps, je me suis mise à regarder autour de moi et j’ai été frappée par ce que j’ai vu.

Une mer d’écran. Un océan de pixels.

Une bande de zombies qui préfèrent vivre un moment fort à travers leur écran plutôt que de le ressentir dans la VRAIE vie! Je capotais! Littéralement et pas dans le bon sens du mot. Pour vrai, je n’en suis toujours pas revenue. Comment des personnes peuvent-elles payer des sommes considérables (parfois astronomiques, tout dépend de l’artiste qui se produit) et regarder le spectacle au travers leur petit écran de téléphone? Quelle en est l’utilité? Pour regarder le vidéo plus tard et se dire que c’était donc bien un beau moment, qu’on a donc bien eu du fun? Le vidéo ne rendra jamais justice à la prestation de l’artiste.

Aller voir un spectacle, c’est un tout.

C’est de ressentir les choses avec ses cinq sens, c’est de partager la vision de l’artiste devant nous, partager le même espace avec une personne qui se donne corps et âme sur scène, qui vit sa musique avec ses tripes.

À la limite, je trouve presque que s’en est rendu irrespectueux envers les gens qui jouent sur scène.

Personnellement, je préfère de loin vivre mon moment et me le rejouer sans fin dans ma tête avec mes impressions, émotions et sensations vécues à ce moment-là. Trouve-moi déconnectée si tu veux, je m’en fiche. C’est magique de revivre un événement de la sorte! Je n’ai peut-être pas de vidéo de ce spectacle (qui était vraiment, mais vraiment bon!), mais au moins j’en ai eu pour mon argent. J’ai pleinement observé cet artiste extraordinaire, ressenti sa musique, sa vibe, sa soul… Et VÉCU mon moment à moi.

Depuis cette soirée, je me suis mise à observer autour de moi. Et je peux parfaitement transposer cette expérience au quotidien.

Partout où nous allons, je vois des gens le nez sur leur écran.

Le pire est quand je vais au parc avec mes enfants. J’ai de la peine, car je vois tellement de parents, assis sur un banc, le nez dans leur téléphone pendant que leurs enfants jouent… Et qu’ils essaient d’attirer leur attention à grand coup de «regarde-moi!» ou de «j’ai réussis!» Au parc, au restaurant, dans l’entrée de la garderie… J’ai mal de voir ça.

Déjà que dans notre société on travaille plus de deux tiers de notre semaine, que nous voyons nos enfants que quelques heures par jour, peut-on, par pitié, les investir émotionnellement? S’intéresser VRAIMENT à ce qu’ils sont, ce qu’ils accomplissent au fil des jours?

S’il y a une leçon qu’il faut retenir de ce genre d’expérience, c’est que la vie va vite.

On la vit à un rythme effréné, vitesse grand V. Pourquoi ne pas la VIVRE tout simplement et cesser de toujours vouloir capter les instants que l’on vit pour pouvoir y revenir à volonté plus tard et se dire qu’à CE moment précis, on était dont heureux?!

Et, au final, on finit par avoir un paquet de vidéo, photos non classées, et on y revient rarement… C’est de la collecte compulsive numérique à mon avis. Et ça ne sert à rien. À quoi bon se dire qu’on a été heureux par le passé si l’on est constamment en train de se cacher dans le présent?

Si l’on doit passer d’un extrême à l’autre pour pouvoir atteindre l’équilibre, pourquoi ne pas poser des actions concrètes afin de renverser la vapeur? Pourquoi ne pas établir des moments fixes dans nos journées où l’on vit tout simplement, où nos écrans sont fermés, en veille, inaccessible? Des moments où l’on redécouvre le plaisir d’être ensemble, tout simplement?

Et vous, quelles seraient vos solutions pour vivre avec moins d’écrans au quotidien?

Mélanie J.