Ton bonheur dans une cour d’école

Aujourd’hui, j’ai le cœur gros. Aujourd’hui mon bébé, j’ai procédé à ton inscription à l’école maternelle, bien que, dans le plan initial, cette fameuse inscription ne devait pas se faire… Du moins pas pour le moment.

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Effectivement, j’ai toujours eu une tendance un peu marginale en ce qui a trait à mon rôle de mère, j’ai toujours écouté mon cœur en délaissant majoritairement les normes sociales établies.

On m’a souvent trouvé trop protectrice, trop intense, trop folle, bref on m’a souvent trouvée TROP… Je dirais plutôt que je suis une maman têtue, avec des valeurs profondes, des convictions bien ancrées, et une manière assez exceptionnelle de me sacrer de l’opinion des gens.

Alors que j’étais enceinte de ton petit frère, j’occupais le peu de temps libres que j’avais de disponible #êtremaman à me renseigner sur l’enseignement en famille au Québec.

Ce temps-là j’aurais aussi pu le passer à zieuter des idées de décorations pour sa future chambre sur les zinternet. Mais bon, toi et ton frère vous l’avez pas eu cette chance là d’avoir une chambre Pinterest. Tu le sais peut-être pas encore ma fille, mais partager la même chambre que son papa, sa maman et son petit frère c’pas le commun de toutes les familles. Parce que ta mère trop folle avait décidé que le dodo serait synonyme de réconfort, de sécurité et de zénitude. Que ben chez nous, ça allait de soi, le dodo se faisait en famille.

Mes enfants n’iraient donc pas à l’école. Non! Mes enfants à moi seraient scolarisés à la maison.

Encore une fois j’avais écouté mon cœur, ce foutu organe auquel je ne peux rien refuser. Mon cœur avait donc décidé que l’école et le système scolaire actuel, c’tait pas pour nous. J’ai passé une année entière à lire et me renseigner sur le fonctionnement de l’éducation en famille. J’y ai notamment appris que le nombre d’enfants scolarisés en famille au Québec est en perpétuelle augmentation et n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. Alléluia, seigneur, j’suis pas la seule mère fuckée. Ben non, la quantité de parents fuckés, à souhaiter un enseignement mieux adapté aux besoins de leurs enfants, ne cesse d’augmenter. Qu’on est finalement une couple à souhaiter autre chose qu’un diagnostic de trouble de l’attention pour nos enfants. De vouloir bénéficier de cette liberté là de sortir dehors courir une heure afin de revenir mieux concentré pour poursuivre nos apprentissages. Parce que ça beau être une façon de vivre un peu marginalisé, c’est 100% légal; la loi stipule que les pères et mères ont, à l’égard de leur enfant, le droit et le devoir de garde, de surveillance ET D’ÉDUCATION, le parent peut alors prendre la décision de faire usage de ce droit ou de le concéder à l’état. Il existe même une association québécoise, des groupes de soutien, un congrès annuel, une communauté entière. Ouf! J’allais être soutenue et accompagnée.

Il en fut donc décidé, néanmoins, pour la maternelle, ainsi que la première année, que les enfants demeureraient avec nous. On ne se mettrait aucune pression pour les années suivantes en y allait simplement avec notre feeling. Ben oui, on est fous de même.

Ce que je souhaitais pour mes enfants, j’avais simplement l’impression de ne pas le retrouver dans le système d’éducation mis en place.

J’aurais souhaité que mes enfants ne soient pas traités de manière équitable, non, j’aurais souhaité qu’ils soient reconnus dans leur unicité. Albert Einstein disait: «tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson par sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie entière persuadé qu’il est totalement stupide.» Je n’aspirais pas à ce que mes enfants soient, tout comme des milliers d’autres enfants, évalués de manière juste et équitable, et ainsi prendre le risque qu’ils soient persuadés de ne pas être à la hauteur. Je voulais que si une notion était assimilée plus rapidement, qu’on puisse alors passer à la suivante, mais qu’au contraire, si un apprentissage semblait plus ardu nous aurions le loisir d’y consacrer le temps nécessaire. Que le principe de photosynthèse s’apprendrait durant une balade en forêt ou en faisant un jardin dans la cour… Que les maths se feraient en additionnant le prix de nos items dans notre panier d’épicerie. Une famille pour qui le stress du matin, le rush du 5 à 7, les leçons et les devoirs ne veulent absolument rien dire. Pour moi, j’avais la certitude d’offrir ainsi le bonheur pur et simple à mes enfants. Une soif et un désir d’apprendre, pas parce qu’on nous l’impose, non, parce qu’on a envie!

Et pour être entièrement honnête, l’école me terrifie, les autres enfants me font peur, dans un monde où l’intimidation est omniprésente.

J’ai littéralement une crainte profonde que l’école fuck mes enfants. Mes enfants qui, jusqu’alors ont été élevés dans la ouate, avec des valeurs d’honnêteté, d’empathie, d’entraide, où la mesquinerie, la violence, les langages blessants n’ont jamais existé. Ai-je donc mal outillé mes enfants pour faire face au vrai monde? Ce monde pas aussi jojo que l’intérieur des quatre murs de notre maison…

Enfin bref, ma décision était profondément réfléchie et sans équivoque. Elle l’était oui, jusqu’au jour, où, tu t’es assise devant moi et BOUM, tu m’as informée de ton désir de fréquenter la maternelle. Ce jour-là, ma fille, tu as pris mes convictions entre tes deux petites mains, comme on prend une boule de pâte à modeler, et tu y as façonné tes propres convictions à toi.

On fait quoi, quand notre enfant nous témoigne un désir profond et que ce désir va à l’encontre de toutes nos valeurs?

J’aurais pu user de mon pouvoir décisionnel de parent et t’imposer mes choix, j’y ai pensé! Mais encore là, j’avais envie de te montrer que ton opinion à toi aussi comptait, que ton point de vue sur la chose avait une valeur à mes yeux, que, toujours, je t’écouterais et considèrerais ce que tu me dis. Qu’après tout, tu avais entièrement le droit de prendre des décisions, de prendre des risques, de te planter… ou pas! Que c’était principalement ça, au fond, que je voulais vraiment t’apprendre… Le fait que tu es une personne à part entière et que TU COMPTES! De faire comme ta maman et d’écouter ton cœur à toi. Je me voyais mal te priver TOI de ton désir de fréquenter l’école parce MOI ça me fait peur, de te brimer toi, pour mes craintes à moi. J’ai eu envie de te faire confiance mon bébé, de croire qu’il est possible que ton bonheur à toi se trouve dans une cour d’école. Aujourd’hui, j’ai donc procédé à ton inscription pour la maternelle, mais garde tout de même en tête, mon amour, que cette décision peut s’avérer réversible à tout moment advenant que ton bonheur puisse se trouver finalement ailleurs.

Daphnée