Ton dernier Noël

Il y a 6 ans, j’ai appris à connaître une nouvelle collègue qui est peu à peu devenue mon amie. Cette femme ne l’a pas toujours eu facile et a fait face à plusieurs préjugés à cause de ses nombreux congés de maladie.

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Comment peut-on dénigrer quelqu’un qui s’absente souvent quand on ne sait pas ce que la personne vit? 

Chère amie, je sais que tu ne l’as pas eu facile. Un premier cancer, une maladie de crown et maintenant, un second cancer. Quand je t’ai vu partir en octobre, je ne pouvais pas m’imaginer que ce foutu cancer serait revenu. Au mois de novembre, les docteurs cherchaient et cherchaient sans rien trouver jusqu’à cette fameuse biopsie du foie.

Comment ont-ils pu laisser ça arriver? Tu avais tellement de suivis médicaux…

Mais, ils ne cherchaient pas au bon endroit. Cela t’a valu un cancer incurable et inopérable… Quelle tristesse… Je commençais à voir que tu n’allais pas et j’anticipais l’annonce. Et là, tu m’as appelée pour m’annoncer le diagnostic: «6-9 mois, peut-être 1 an si je fais de la chimio». 

Ouf! Je m’y attendais un peu, mais c’est difficile lorsque ça devient réel.

Comment peut-on profiter de la vie tout en préparant son décès?

Je sais que tu as peu de famille et c’est normal que tu ne veuilles pas laisser tout à ta mère ou ton fils. Ils ne sont pas prêts à te perdre et moi non plus. J’admire ton positivisme, ton goût de profiter des petits bonheurs de la vie. Tu es une femme courageuse. 

Je serai à tes côtés lors des moments joyeux autant que lors des moments difficiles. 

Ta fête vient de passer et malheureusement, à cause de la chimio palliative, tu n’as pas eu d’énergie pour que je t’organise un petit souper. Sache que ce n’est que partie remise. Dès que tu iras mieux, je te promets de t’organiser un petit souper entouré de tes meilleurs collègues!  

Noël est passé et malheureusement, c’était ton dernier.

Je souhaite tellement que tu puisses profiter du temps qu’il reste avec ton fils. À 18 ans, ce n’est pas facile de voir sa mère partir lentement. Prends le temps de discuter avec lui afin qu’il n’ait pas de regrets. Il a tellement de mal à s’ouvrir et à vivre ses émotions et c’est compréhensible. 

Je souhaite que tu profites de tous les bons moments qu’il te reste, que l’on puisse aller prendre notre marche en forêt et surtout, que tu ne souffres pas. Je te promets de t’appeler et d’aller te voir le plus souvent possible. 

Mais, j’ai peur. J’ai peur de m’effondrer lorsque tu nous quitteras.

Je sais que je serai bien entourée, mais faire face à ton absence définitive au travail me fera du mal. Je ne peux tellement pas croire que la vie peut tant s’acharner sur une personne. 

Je t’envoie du courage pour affronter ce voyage sans retour… Jamais je ne t’oublierai…

Je t’aime 

Josée Goyer