Un avant qui ne reviendra plus

Les gens en ont marre. Ils attendent avec impatience que ça revienne comme avant. L’épidémie vue telle une pause publicitaire! On en profite parfois pour se dégourdir les jambes, mais plus souvent pour se gaver de croustilles ou se resservir un verre. On regarde l’humain à nos côtés, notre coéquipier, co-chambreur et partenaire de courses effrénées. On bénéficie de l’accalmie pour se rapprocher ou se taper sur les nerfs.

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Au début, nous étions nombreux de ma génération à comparer cette crise à celle du verglas. Dans notre jeunesse, nous avions aussi connu notre période de confinement, sans école, sans accès à la ville et sans électricité. Le tour de nos gamins était venu de se confronter à cette soudaine et imprévisible interruption de service. Mais le temps qui passe nous donne tort, pour plusieurs raisons évidentes telles que la durée, le nombre de morts et l’aspect mondial de l’événement. Les deux crises n’ont pas la même dimension, mais surtout elles n’impacteront pas l’avenir avec pareille force. L’avant et l’après du verglas demeurent comparables, sans grand changement au quotidien pour le commun des mortels.

L’avant-pandémie ne reviendra plus.

À nos petits-enfants, nous raconterons évidemment la particularité de cette période d’isolement. Mais ce qui les intéressera davantage sera possiblement ces anecdotes sur l’avant. Concevoir à quel point on se touchait pour tout et pour rien. Apprendre que pendant longtemps, le Québec a tenté d’interdire les masques et les foulards. Concevoir qu’il fut un temps où on se lavait les mains seulement lorsqu’elles étaient sales.

On attend le temps d’avant. Mais il ne réapparaîtra plus. On perçoit cette pandémie comme une pause à la réalité, mais faudra s’y faire. C’est sans doute plus comme un gros virage vers l’ailleurs.

J’ai le sentiment que plusieurs de nos habitudes disparaîtront à jamais.

-On ne donnera plus ces maudites bises malaisantes pour saluer des individus qu’on connaît parfois bien peu. À la fin d’une soirée, nous n’aurons plus besoin d’observer les mœurs sociales des autres convives afin de savoir s’il faut privilégier le câlin, la bise ou la simple poignée de main.

-Parlons-en des poignées de mains! Que deviendront certains cours pour futurs conseillers en emploi ou les nombreux ateliers d’insertion professionnelle si on ne peut plus y expliquer la science des doigts qui s’étreignent? À quoi les futurs employeurs pourront-ils se fier?

-Nous cesserons de marginaliser les gens masqués. Nous ne les percevrons plus systématiquement comme de grands malades au système immunitaire déficient.

-Dans les garderies, les éducatrices vont maudire les sempiternelles comptines de lavage de mains qu’elles apprennent à leurs tout-petits.

-Les nouvelles maisons posséderont huit salles d’eau afin de répondre au besoin d’hygiène du 21e siècle.

-L’argent en papier se fera plus rare que jamais. Pauvres indigents qui resteront sans-le-sou aux coins des rues populeuses.

-Élever un enfant nécessite tout un village… À condition que le village se tienne à plus de deux mètres!

-À nos gamins, nous parlerons davantage du danger des microbes que de l’importance de partager.

Percevez-vous d’autres habitudes qui risquent de changer? Dans vos vies, est-ce qu’il y a des choses que vous ne prévoyez plus faire comme avant?

Mélissa M.