Un prof comme lui

Depuis le début de la pandémie, les professeurs ont des tâches additionnelles à leur charge de travail déjà importante en temps normal. Ces professeurs sont des guides, de précieux partenaires dans l’éducation de nos enfants. J’admire les parents qui font l’école à la maison à temps plein, mais pour ma part, je suis bien heureuse de compter sur la collaboration de ces profs pour m’épauler et surtout, pour apprendre les mathématiques à mes enfants, haha! Maintenant que la moitié de l’année scolaire est passée, nous connaissons un peu mieux les professeurs de nos enfants. J’espère que vos enfants ont développé une belle complicité avec leur prof. Les miens sont vraiment entre bonnes mains et j’en suis vraiment heureuse. De nature anxieuse, je n’éprouve aucun problème à confier mes enfants à ces profs-là.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler des professeurs, mais d’un professeur en particulier.

À l’automne 2003, j’ai commencé mon secondaire 2 dans une grande polyvalente. J’avais choisi l’art dramatique. J’ai toujours adoré le théâtre.

À mon premier jour d’école, je suis entrée dans la classe de Martin. Je me souviens encore de cet homme à la chevelure rousse arborant un air sévère. Du moins, c’était ma première impression.

Il nous a fait un «speech» de début d’année pour nous expliquer ses méthodes. Il nous avait dit qu’au courant de l’année, il allait tous nous faire pleurer. Bon, bon, ne vous inquiétez pas, attendez de lire la suite. Je suis sortie de sa classe en fin de journée en me demandant sérieusement ce qui m’avait pris de m’inscrire à ce programme. L’année serait sans doute longue!

Au fil des semaines, j’ai découvert un homme différent de celui que j’avais imaginé au départ. C’était un prof passionné qui avait toujours plein d’idées et d’exercices ludiques à nous faire faire.

Petite parenthèse…

Pour moi, le secondaire était difficile. Je suis issue d’une famille peu nantie. Nous n’avons jamais manqué de rien, en partie grâce au soutien des banques alimentaires, en faisant des choix judicieux et en limitant les luxes. Évidemment, le budget de vêtements était assez mince.

La plupart de mes vêtements provenaient de friperies. On recevait des vêtements neufs seulement à Noël ou à notre anniversaire. Cela ne m’avait jamais dérangée; malheureusement, ce sont les autres que ça dérangeait, surtout au secondaire. Je n’avais pas de vêtements à la fine pointe de la mode, quoique décents, mais aucune grande marque. À cause de cela, j’ai essuyé énormément de moqueries à l’école. C’était presque tous les jours et c’était aussi idiot que de me faire traiter de pot de moutarde, parce que je portais un chandail jaune.

J’étais assez timide avec les autres, mais pas sur scène et dans mes rôles. Je n’osais pas vraiment répondre, j’avais appris à être respectueuse et on m’avait appris à ne pas répliquer aux insultes. J’essayais d’ignorer le tout, mais à force d’être ainsi assaillie de façon répétitive, je me suis laissé atteindre et beaucoup.

Bien sûr, j’étais passée par plusieurs paliers d’autorité à l’école pour faire cesser le tout, sans résultat. J’ai éventuellement développé beaucoup d’anxiété. Je voyais le psychologue de l’école toutes les semaines. Mes parents se sentaient impuissants. Je me levais le matin en me demandant ce serait quoi la nouvelle insulte du jour. J’avais du mal à choisir mes vêtements, parce que je me disais: «Bon, si je mets du brun on va me traiter de caca, et du vert, on va me traiter de cornichon». Aussi, à l’adolescence, je m’intéressais beaucoup à la politique. À l’école, ça paraissait, car j’avais des autocollants politiques sur mon agenda et dans les cours d’histoire je pouvais démontrer mes connaissances à ce sujet. À cause de cela, plusieurs gars de ma classe s’amusaient à dire que plus tard, j’allais être une «voleuse».  

C’était comme ça tous les jours. C’était devenu tellement intense, avec l’anxiété que j’avais du mal à gérer, que j’ai fini par m’éloigner de l’école et cumuler les absences.

Je m’en suis finalement bien sortie. J’ai fini mon secondaire et j’ai obtenu un diplôme dans mon domaine.

Fin de la parenthèse. Terminée la mise en contexte, vous pourrez maintenant comprendre l’impact de ce qui suit…

Un jour, j’étais dans ma classe d’art dramatique avec Martin. Nous devions composer une histoire. Martin nous avait annoncé que cela allait être un travail d’équipe. Ouf! Le malaise que j’ai ressenti! Je me disais que j’allais encore être seule ou bien le rejet qui serait greffé de force à une équipe. Mais non. Ce jour-là, Martin a fait ce que tout bon professeur devrait faire et je crois encore aujourd’hui, 17 ans plus tard, qui l’a fait spontanément, comme ça.

Au moment où nous allions former les équipes, Martin a dit: «Vous devriez choisir Annie, elle écrit super bien!». Annie, c’était moi. Vous ne pouvez pas savoir l’effet qu’ont eu ces mots pour moi.

Non seulement il m’avait valorisée devant toute la classe, mais il avait dit que j’étais bonne et qu’il croyait en moi et en mes talents. À l’intérieur de moi, j’avais presque le goût de pleurer tellement j’étais heureuse. Martin ne s’est probablement pas rendu compte, cette journée-là, de l’impact de ses mots. Je lui ai dit tout récemment que cette journée-là, il avait joué un grand rôle dans le déroulement de ma vie. À partir de ce jour-là, j’avais confiance en moi.

Cela peut sembler anodin pour plusieurs, mais pour la petite fille qui en bavait à l’école, la petite anxieuse en moi, cette phrase avait voulu dire beaucoup. Depuis ce jour-là, j’ai cru en moi et en mon talent pour l’écriture. J’ai écrit plusieurs lettres d’opinions dans les journaux locaux, j’ai écrit une longue histoire que j’aimerais un jour publier sous forme de roman et aussi, je vous écris aujourd’hui comme collaboratrice pour ce blogue et j’adore ça!

Je vous écris aujourd’hui parce qu’un jour, une personne, un professeur qui se veut une figure marquante dans la vie d’une adolescente, m’a redonné confiance et m’a valorisée aux yeux des autres.

On a tous besoin d’un prof comme lui, on a tous besoin d’un Martin. Je souhaite sincèrement que vos enfants en croiseront un au cours de leur parcours scolaire, un prof comme lui qui va croire en eux, en leurs forces et qu’il va le leur dire! Tous les enfants méritent d’avoir un prof comme ça sur leur parcours parce que oui, ça peut changer une vie. Dix-sept ans plus tard, je me souviens encore des mots exacts qu’il m’a dits et cela a forgé une partie de ce que je suis devenue. Merci Martin!

À tous les profs, j’ai envie de vous lancer un petit défi cette année, en ces temps particulièrement difficiles pour les jeunes. Je vous mets au défi, d’ici juin 2021, de trouver une force, un talent ou une qualité à chacun de vos élèves et de leur dire devant toute la classe. Ne sous-estimez jamais la valeur de vos mots, ça peut changer le cours d’une vie. Croyez-moi. 

P.S. OK, j’arrête le suspense. Quand il nous avait dit en début d’année qu’il allait tous nous faire pleurer, c’est qu’il nous avait fait faire un exercice qui s’appelait «Le tribunal», si je me souviens bien. Nous devions dire quelque chose qu’on aurait voulu dire à un être cher disparu et c’est vraiment venu nous chercher profondément. 

Mom-of-Boys 

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À propos de l'autrice

Mom-of-Boys

Maman de 4 garçons, Annie est une vraie «mom of boys». Elle est également la seule fille d’une fratrie de 6 enfants. Bref, elle est la vraie «Annie et ses hommes». Elle adore écrire pour partager sans tabou les pages de son quotidien rocambolesque et coloré.

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