Vive les biberons: un bref récit d’allaitement

Pour moi, l’allaitement faisait partie du cours normal de ma vie de nouvelle maman. Je ne me posais même pas la question: j’allais allaiter mon bébé, point final. J’avais bien en tête que parfois c’était difficile, cependant, je ne voulais pas franchir certaines limites et me mettre une pression trop grande pour réussir à tout prix mon allaitement.

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Finalement, mon histoire s’est avérée bien différente que tout ce que j’avais imaginé.

J’ai été provoquée à 41 semaines. Après plus de 20 heures de travail, ma première fille est née: une grosse toutoune de 9,4 livres. J’étais épuisée, mais bien heureuse de pouvoir enfin voir ce petit être que je chérissais depuis neuf mois. Naturellement, je l’ai mise au sein. Elle a fait une superbe première nuit à l’hôpital. Puis, ensuite elle a pleuré (beaucoup) pendant le jour et la nuit. Les infirmières me disaient que c’était bien normal et je les croyais (c’était mon premier bébé, j’étais fatiguée et incertaine de la normalité des choses). J’ai demandé de l’accompagnement pour trouver le moyen d’apaiser bébé et des infirmières sont venues me conseiller pour l’allaitement: c’est là que mon premier malaise face à l’allaitement est arrivé.

J’ai eu des tonnes de conseils, mais je n’ai sûrement rien retenu, trop épuisée par tout ce chamboulement.

Nommez-moi les positions de prise au sein, sûrement qu’elles les ont toutes passées, mais pour moi c’était du «n’importe quoi», complètement illogique! Comment allaiter pouvait être si complexe? Pourquoi je ne pouvais pas simplement lui donner le sein selon comment MOI je me sentais? Soudainement, ma fatigue était trop intense, tous ces conseils n’avaient plus de sens et la panique de mal nourrir mon enfant s’emparait de moi. Je stressais pour nourrir cette boule d’amour!! Je ne savais même pas si j’avais eu une montée de lait ou pas!! (Celles qui en ont déjà vécue me diraient «Voyons c’est évident!», mais je vous clarifie que non, ce n’est pas aussi simple!) Puis, quelqu’un est venu m’aider à tirer mon lait: près d’une heure à me faire «traire» avec délicatesse (ouin….) pour une mini goutte de lait… qu’elle a gentiment jetée à la poubelle en disant que je n’avais sûrement pas eu de montée de lait et qu’elle devait quitter, car son «shift» était fini. Point.

Je me retrouvais à la case départ, sans solution pour calmer ma fille, sans lait et surtout, complètement désemparée!

Mon mari a tout fait pour obtenir du lait de préparation, mais non, c’était une question de temps avant que je puisse nourrir adéquatement ma fille, en attendant, je n’avais qu’à patienter… J’étais trop dans les vapes pour comprendre à quel point j’étais à côté de la plaque et que mon allaitement se dirigeait droit dans le mur.

Je suis revenue à la maison et les journées ont commencé à mieux aller.

Ma fille ne pleurait plus et l’allaitement devenait aisé. J’avais mis à la poubelle les conseils de position, j’allaitais à ma façon, mais j’étais épuisée et ne dormais pas beaucoup. Puis, l’infirmière est venue nous rendre visite: ma fille perdait du poids et devenait trop amorphe. Bref, je devais d’urgence aller à l’hôpital pour faire vérifier mon allaitement, car quelque chose clochait. J’ai passé près de trois heures en maternité à essayer de «timer» l’allaitement de ma fille afin que quelqu’un puisse l’observer boire. Une fois cet exploit accompli, on m’a gentiment dit de retourner chez nous, car il n’y avait aucun problème. Bref, j’avais l’air de déranger tout le monde. Je suis retournée chez nous, déjà découragée par toute cette simplicité de l’allaitement.

Et deux jours après, tout était encore plus complexe!

L’infirmière est repassée, me disant que mon bébé ne buvait pas bien et que je devais la faire boire avec une paille pour stimuler l’allaitement et combler ses besoins avec de la préparation pour nourrisson. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tout le monde se contredisait! J’ai essayé et c’était complexe, il fallait être deux pour y arriver et bébé ne voulait rien savoir. Le côté naturel de l’allaitement venait de prendre le bord et d’un commun accord avec mon mari, j’ai tout arrêté. Ma fille a bu un biberon de 4 oz de lait d’un seul coup (elle n’avait même pas deux semaines). Elle a revomi une grosse partie après (elle était vraiment affamée!), mais tout ça a confirmé que mon allaitement n’était en effet pas parfait.

Lorsque l’infirmière est repassée, ma fille avait déjà repris du poids, mais l’infirmière n’était pas d’accord avec mon choix de cesser l’allaitement.

Selon elle, je devais poursuivre l’allaitement et trouver une façon de stimuler mon lait afin d’offrir le mieux pour mon bébé. Cette attitude m’a plus déçue que mon expérience. Comment une professionnelle qui me disait justement que mon bébé n’allait pas bien pouvait me dire de poursuivre un allaitement qui n’aidait en rien mon bébé? Je voulais justement offrir le mieux pour mon enfant et cela signifiait une mère en santé, en forme et un bébé éveillé avec un appétit comblé. Poursuivre l’allaitement ne rimait avec rien de cela. J’étais encore face à l’illogisme de l’allaitement.

J’ai su après quelques mois que ma fatigue était reliée à des problèmes de santé, et non à l’accouchement.

Du fait, j’ai su que mon allaitement aurait eu beaucoup de difficulté à aboutir positivement avec mes problèmes. Donc, malgré l’acharnement que voulait me faire faire l’infirmière, les chances de réussite étaient proches de zéro.

Aujourd’hui, après deux autres grossesses, je revis ces souvenirs différemment (je sais maintenant ce qu’est une montée de lait!), mais l’allaitement me laisse toujours un souvenir amer.

À mon deuxième enfant, j’ai refusé de revivre ces mêmes problématiques. Mon bébé pesait 9,12 livres et était hyper glouton, il buvait des 3-4 oz dès la naissance et était sans fond. Pour ma troisième, plus sereine, j’ai renoué avec l’allaitement. Toutefois, j’ai constaté que je n’étais pas assez productive et après deux boires consécutifs, ma fille ne faisait que pleurer. Nous avons exigé le lait commercial à l’hôpital et nous l’avons aussitôt nourrie avec. Les pleurs ont cessé. J’ai continué à lui donner un peu de mon lait lorsque j’en avais, mais après quatre jours, c’était fini. Je pourrais dire que j’avais cette fierté de voir que cette fois j’avais au moins du lait, qu’elle en buvait pour vrai et que ça pouvait la sustenter (mais pas assez longtemps). J’ai la chance d’avoir conclu mon expérience de l’allaitement plus positivement, en lui donnant le sein dans la position qui me convenait et que c’était réellement naturel.

Je lève mon biberon à toutes celles qui arrivent à allaiter aussi facilement, mais surtout bravo à celles qui s’écoutent et qui font fi des commentaires et qui acceptent leur choix (peu importe lequel!) afin de nourrir leurs enfants dans le plaisir et la simplicité, car après tout, l’enfant a surtout besoin d’une maman heureuse.

Et vous, vous avez vécu des moments d’allaitement plus agréables?

Nathalie L.